Youtube : cette jeune journaliste démonte joyeusement les fake news

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« J’en ai marre de toutes ces conneries qui circulent sur Internet ! », lance Aude, journaliste YouTubeuse de 34 ans.

La trentenaire aux yeux pétillants me raconte la genèse de sa chaîne « WTFake » autour d’un pepsi, attablée à un café de Saint-Mandé.

Le but de ses vidéos (26 537 vues au total) : donner des « clés du bon sens » aux citoyens pour ne pas qu’ils se fassent avoir par les théories complotistes et farfelues qui pullulent sur la Toile. Aude ajoute :

« Les gens perdent la boule sur Internet. C’est comme sur l’autoroute où certains conducteurs se croient tout permis et insultent les autres. »

Quand on avance une théorie, « qui-dit, prouve » est la première idée qu’il faut avoir en tête, pense la journaliste, qui a fait une vidéo à ce sujet.

Dans cette première vidéo réalisée « avec la caméra de [son] mec posée sur la chaise bébé », Aude explique son métier de journaliste : « faire la lumière le plus possible sur une thématique ».

« Moi la petite enquêtrice que je suis, j’ai très mal aux yeux quand j’ouvre mon ordinateur (…) Des manipulateurs avancent des théories dont l’existence est impossible à prouver. Ca m’énerve. »

Carte de presse 108054

Aude « qui n’aime pas [se] mettre en avant », s’inspire de « cette façon de penser biaisée » pour réaliser ses vidéos. Le tout sur un ton léger, marrant et décalé. 

« Il ne faut pas se prendre au sérieux à 100% », explique-t-elle.

En cliquant sur le bouton « play » de la vidéo « Journaliste / Citoyens, thérapie de couple », on apprend qu’elle est journaliste télé depuis 10 ans. Et dans sa bio, elle va juste qu’à indiquer son numéro de carte de presse : journaliste immatricule 108054.

« Il existe un véritable désamour des citoyens envers notre profession. L’une des erreurs des journalistes, c’est de ne pas prendre le temps d’expliquer qui on est. »
« Il y a aussi une réelle méconnaissance de notre métier et les manipulateurs d’Internet jouissent de ce fait. »

Elle appelle Florian Philippot

Sans filtre, Aude met en scène son travail quotidien face à la caméra.

Dans « Journaliste donne cours de vérité », on la voit passer un coup de téléphone à Florian Philippot.

Le but ? Vérifier le contenu d’un de ses tweet. 

Pendant la campagne présidentielle, le vice-président du Front national diffuse une capture d’écran d’une conversation SMS entre militants « En marche » sur Twitter. Un membre de l’équipe d’Emmanuel Macron écrit qu' »il faut tuer » Marine Le Pen. Une information totalement fausse.

Dans sa dernière vidéo « Scandale : des infos pas vues à la télé », elle passe également plusieurs appels téléphoniques afin de vérifier des hoax (canulars)  partagés sur certains sites internet. Un article publié sur « SecretNewsInfo » affirme notamment qu’une infirmière aurait échangé 9000 nouveaux-nés à elle seule pendant 22 ans. 

« Certains internautes avaient du mal à croire que les journalistes passent des coups de téléphone pour vérifier leurs sources, alors que c’est le niveau débutant de l’enquête ! »

Charlie Hebdo, un élément déclencheur

C’est après le tragique attentat à Charlie Hebdo qu’émerge l’idée de lancer un projet autour des théories complotistes.

Peu après le 7 janvier, Aude travaille dans des locaux qui accueillent des journalistes du journal satirique dont elle admire la « liberté d’expression à l’extrême ». « Choquée », elle a été témoin de « tout ce que les journalistes se ramassaient dans la gueule ». Elle prend alors conscience de l’influence croissante de ces « manipulateurs ».

Peu à peu, « la haine des journalistes s’est intensifiée » estime-t-elle avant de rajouter : « Comme si on était tous à la botte du pouvoir ! »

En janvier dernier, elle créé donc avec une copine « Les démineurs du net » puis « Stop Intox », un projet d’éducation populaire qui compte désormais une quinzaine de membres. Ensemble, ils interviennent au sein des collèges et des lycées afin de démystifier la figure des journalistes.

« Lors de ces rencontres avec les jeunes, je me suis rendue compte que beaucoup d’entre eux n’ont aucune idée de ce qu’est vraiment le journalisme. »

« Si Magali se frite avec Antoine »

A la question récurrente : « est-ce que vous dites toujours la vérité », Aude répond toujours par le même exemple :

« Si Magali se frite avec Antoine dans la cour de récré, chacun va le raconter d’une façon différente. Pourtant, personne ne raconte des bobards. Pour les journalistes, c’est pareil. »

Depuis le début, Aude s’inspire aussi d’un ouvrage « génial ». « La démocratie des crédules », du sociologue Gérard Bronner. C’est dans cet essai qu’elle a trouvé le titre de sa première vidéo : « Qui dit, prouve ».

« Pourquoi les mythes du complot envahissent-ils l’esprit de nos contemporains ? Comment, d’une façon générale, des faits imaginaires ou inventés, voire franchement mensongers, arrivent-ils à se diffuser, à emporter l’adhésion des publics, à infléchir les décisions des politiques, en bref, à façonner une partie du monde dans lequel nous vivons ? « , questionne Gérard Bronner.  

Pour Aude, des vidéos partagées sur YouTube peuvent permettre de répondre à ces questions. En fouillant les diverses chaînes déjà existantes, son constat est simple : aucun journaliste francophone n’est YouTubeur. Et vice-versa. 

« YouTube, c’est l’avenir », clame-t-elle en riant.

Elle se lance donc, après avoir épluché les informations données par les manipulateurs du web. La suite ? Elle ne sait pas encore. Pour l’instant, poursuivre ses vidéos, même si jongler avec son travail n’est pas simple. 

Et sans se prétendre « porte-parole des journalistes », Aude pense que « la paix est possible entre citoyens et journalistes ».



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