Vu du monde arabe. Palestine et Kurdistan : deux poids, deux mesures

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Les Arabes dénoncent les accords de partage du Moyen-Orient, mais se félicitent qu’ils aient donné une partie du Kurdistan à l’Irak. Ils soutiennent le droit des Palestiniens à un État, mais dénient ce droit aux Kurdes.

Le référendum que les Kurdes d’Irak ont convoqué sur la question de leur indépendance [prévu le 25 septembre] n’a pas l’heur de plaire à certaines élites arabes. Il est vrai qu’on peut opposer aux Kurdes un tas d’arguments tout à fait valables. Mais le discours arabe consiste surtout à dire que ce référendum procède d’un “plan pour diviser l’Irak”, sinon tout le Moyen-Orient. Parler de “division” nous ramène aux discours sur “l’unité”, cette “unité” qui est le fonds de commerce du Baas et d’autres partis adeptes de l’arabisme, qui écrasent nos sociétés depuis plus d’un demi-siècle.

Ces élites arabes considèrent que le résultat du référendum est acquis. Car elles savent très bien que l’opinion kurde est massivement acquise à l’idée de l’indépendance. Ainsi ces élites, avec ce qu’elles comptent de partis et de groupes, prennent acte du désir collectif d’indépendance des Kurdes tout en leur déniant le droit d’y accéder.

Comment les mêmes peuvent-ils alors défendre le droit à l’indépendance de populations arabes ? Notamment des Palestiniens ? Si les Palestiniens ont le droit de disposer d’un État, pourquoi cela ne serait-il pas le cas des Kurdes ? En plus, les Kurdes ne se sont jamais mêlés de la question palestinienne, alors que les Arabes se sont toujours inscrits dans un ordre répressif à l’égard des Kurdes.

Des kurdes doublement opprimés

Il est vrai que le parti Baas a opprimé tout le monde. Or les Kurdes ont été doublement opprimés, en tant qu’Irakiens certes, mais aussi plus spécifiquement en tant que Kurdes. Les Arabes n’ont aucune sensibilité pour l’injustice faite aux Kurdes. Ils n’ont pas produit de textes importants sur leur responsabilité culturelle et sociale dans le malheur kurde. Ils sont prompts à dénoncer les accords Sykes-Picot [franco-britanniques de partage du Moyen-Orient de 1916] et d’autres traités datant d’un siècle auxquels ils reprochent d’avoir détaché le Liban de la Syrie et donné le sandjak d’Alexandrette à la Turquie. Mais ils sont volontiers favorables à ces mêmes traités en ce qu’ils ont privé les Kurdes d’Irak d’un État 

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“La Vie” est la tribune préférée des intellectuels libéraux arabes qui veulent s’adresser à un large public. Créé à Beyrouth en 1946, le quotidien cesse de paraître en 1966 après l’assassinat de son fondateur, Kamel Mroué. Il renaît en 1988 à

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