Vu du Burkina Faso. Sommet sur la Libye : un petit pas vers la sortie de crise

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Réunis en région parisienne, mardi 25 juillet, à l’initiative d’Emmanuel Macron, les deux principaux rivaux libyens se sont engagés à œuvrer ensemble pour sortir le pays du chaos. La presse burkinabée salue le rôle de France, mais reste prudente sur les chances de succès.

“Le petit miracle se sera finalement produit hier à La Celle-Saint-Cloud”, juge L’Observateur Paalga dans son édition du 26 juillet. Pour le quotidien burkinabé, l’accord entre Fayez Al-Sarraj, chef du gouvernement d’entente nationale libyen (GNA), reconnu par la communauté internationale, et le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est du pays, est “un petit pas donc vers la sortie de ce long tunnel dans lequel la Libye se débat depuis maintenant six longues années”.

“Cet arrangement politique est loin d’être un boulevard qui mènera à la paix, tempère toutefois le journal, le plus difficile dans cette affaire pour que l’échafaudage tienne sera en réalité de faire respecter d’abord le silence des armes par toutes les factions et milices dans ce grand bazar qu’est devenue la Libye.”

La prudence est de mise : “Il faut de ce fait faire preuve d’un optimisme mesuré, surtout quand on sait que la déclaration conjointe a certes été agréée par les deux parties, mais pas formellement signée, comme si elles se réservaient le droit de la dénoncer au moindre couac.”

Malgré “un accord a minima”, Aujourd’hui au Faso se félicite que la France ait réussi à faire “bouger les lignes” grâce à cette déclaration qui appelle à un cessez-le-feu et à l’organisation rapide d’élections.

Arrêter de se tirer dessus comme des lapins de garenne et surtout retrouver le chemin des urnes sont autant d’actes forts dans un État failli, et il serait malhonnête de ne pas reconnaître que le document paraphé par les illustres signataires ne vaut pas son pesant de prémices de paix.”

Le quotidien de Ouagadougou se veut lui aussi mesuré. “L’aggiornamento de La Celle-Saint-Cloud, pour qu’il soit viable, requiert une bonne dose d’humilité, de tolérance, de vision, un zeste de patience de part et d’autre, afin que les lignes bougent réellement sur le terrain”, insiste-il en s’interrogeant : “Qui donc de Haftar ou de Sarraj daignera mettre sous éteignoir son ego surdimensionné afin de donner des chances à cet accord ?”

Le quotidien Le Pays met également en garde : “Une chose est de prendre des engagements, une autre est de les respecter. D’où la nécessité, pour le président Macron, de veiller au grain.” Avant de conclure : “De toute évidence, Emmanuel Macron a joué sa partition. Aux autres acteurs de jouer la leur, pour que la Libye sorte des braises incandescentes qui la consument.”

Dette politique et morale

L’implication de la France dans la résolution de la crise libyenne n’est pas anodine selon L’Observateur Paalga : “Paris cherche quelque part à payer une dette politique et morale ; Nicolas Sarkozy, un peu pour des raisons personnelles, ayant choisi en 2010 de se jeter à corps perdu dans le conflit et de liquider le Guide [Mouammar Kadhafi], sans se préoccuper le moins du monde de ce que deviendrait ce conglomérat de tribus où les Bédouins ne voient pas toujours plus loin que le bout de leur tente”.

Pour ce journal, “le coq gaulois” joue également le coup d’après.

Un jour ou l’autre, il faudra bien reconstruire sur les ruines, et comme la diplomatie est souvent au service des affaires, l’accord de La Celle-Saint-Cloud pourrait bien être un cheval de Troie pour les multinationales françaises sur ces sables mouvants certes, mais combien riches en pétrole.”

SEBASTIEN HERVIEU



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