VIDÉO. «Oh Jeremy Corbyn», comment le leader travailliste est devenu une icône du Web

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Le 24 juin dernier lors du festival de musique GlastonBury, de nombreux jeunes ont ovationné le leader travailliste Jeremy Corbyn.

Le 24 juin dernier lors du festival de musique GlastonBury, de nombreux jeunes ont ovationné le leader travailliste Jeremy Corbyn. — Richard Isaac/Shutterst/SIPA

Ne le prends pas mal Jean-Luc, mais tu peux remballer les hologrammes. Le cool en 2017 quand on est politique, c’est d’avoir
sa propre chanson chantée à un festival de rock. Si la chose paraît improbable chez nous, les jeunes Britanniques s’en donnent à cœur joie depuis trois semaines. « Oh Jeremy Coorbynnn », scandé en hommage au
leader travailliste sur l’air de Seven Nation Army, est en passe de devenir l’hymne d’une génération de militants.

Dans les cortèges des manifestations, dans le métro ou sur la scène principale du festival de Glastonbury, le slogan illustre le regain de popularité inattendu de cet élu de 68 ans, inconnu du grand public jusqu’en septembre 2015. A l’occasion de
la campagne pour les élections législatives, la figure de Jeremy Corbyn – alias Jez – a inondé les réseaux sociaux, Twitter, Facebook et Snapchat en tête. Comment cet idéologue de gauche,
longtemps qualifié de « ringard » par la presse conservatrice, est-il devenu une véritable icône du Web ?

Un complément de la campagne traditionnelle

Lorsque Jeremy Corbyn est propulsé à la tête du parti travailliste en septembre 2015, la majorité des jeunes Anglais découvrent le visage de ce député élu depuis 34 ans. Longtemps relégué dans la frange minoritaire la plus à gauche du parti, Corbyn cible dans ses discours, ses déplacements, les électeurs les plus jeunes.
Resté en retrait lors du référendum sur la sortie du pays de l’Union Européenne, le parlementaire peut s’appuyer sur un réseau de militants organisés qui maîtrisent les usages numériques.

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« Après son élection, des sympathisants ont créé le réseau Momentum pour recueillir une importante base de données des pro-Corbyn via les réseaux sociaux. Ils se sont aussi appuyés sur cet outil pour organiser des événements et mobiliser la base », détaille Sarah Pickard, maître de conférences en civilisation britannique contemporaine à l’université Paris-III. Mais le tournant s’opère lors de la campagne pour les élections législatives en mai dernier. Opposé à
la cheffe du gouvernement, Theresa May, Corbyn s’impose en antithèse de la leader conservatrice.

Memes, tee-shirt, chansons

Sur Twitter ou sur le forum Reddit, les internautes publient des clichés de « Jez » et se moquent gentiment de l’ancien syndicaliste. « S’il est tourné en dérision, c’est parce que la plupart des internautes considèrent l’élu comme étant inoffensif. Il véhicule l’image d’un vieil homme sage, compatissant, qui aime faire pousser des légumes dans son jardin pendant son temps libre. Les réseaux sociaux ont aidé Corbyn à diffuser cette image et ont mis à mal
l’idée qu’il pouvait être « dangereux » pour le pays. A la fin de la campagne, les intentions de vote pour le travailliste étaient au même niveau que celles en faveur de Theresa May », analyse
Samuel Bright, journaliste pour la BBC, contacté par 20 Minutes.

« Sur les réseaux sociaux, sa campagne a été très commentée et Corbyn a été très présent. Comme Bernie Senders aux Etats-Unis, il a su véhiculer une image authentique, sincère et accessible contrairement à Theresa May », ajoute Sarah Pickard. Sur internet, les photomontages et vidéos dédiés à Corbyn se sont multipliés lors des dernières semaines de campagne. Quelques jours avant le vote, une série de tee-shirts reprenant le logo de la marque « Nike » et utilisant le nom de l’élu
a été lancée par deux militants originaires de Bristol.

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Des initiatives « spontanées » à l’impact relatif

Autre élément notable, selon Samuel Bright, l’aspect « spontané » de cette communication : «Plusieurs pages Facebook dédiées aux memes les plus populaires de Corbyn ont fait leur apparition. Elles sont gérées par des militants lambda du Labour et se sont nourries les unes les autres. Si Corbyn a encouragé cette « memification », notamment
en s’inscrivant sur Snapchat et en poussant les jeunes à participer aux dernières élections législatives, la plupart des contenus en ligne pro-Corbyn n’ont pas été créés par son équipe de campagne ».

Pour autant, difficile de mesurer l’impact de cette campagne en ligne sur les résultats des élections législatives. Si Corbyn est ressorti considérablement renforcé du scrutin, le Labour n’a pas pu renverser la majorité conservatrice. « Ce que l’on sait, c’est que
les jeunes se sont plus mobilisés lors de ce vote que lors du précédent scrutin et qu’ils ont soutenu les travaillistes. Cette « communication » a peut-être motivé certains jeunes à se déplacer mais ce n’est évidemment pas la seule explication », nuance le journaliste de la BBC.

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« La tranche 18-25 ans a massivement voté pour le parti travailliste. En 2015, leurs votes étaient répartis plus équitablement entre les deux camps (…) Ce qui a réussi, c’est la promesse positive portée par la personnalité optimiste de Corbyn, le médium et le message », conclut Sarah Pickard. Prends-en de la graine Méluche.

 



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