Union européenne. La Chine, un partenaire de rêve ?

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Pékin tente de se présenter aux Européens comme un modèle en matière de libre-échange et de protection du climat. À y regarder de près, la réalité est moins réjouissante.

Lors de sa venue à Berlin et à Bruxelles, le Premier ministre chinois Li Keqiang a présenté son pays comme un nouveau partenaire de rêve pour les Européens. Liberté des échanges, mondialisation, protection du climat, si le président américain Donald Trump ne veut pas en entendre parler, la Chine se pose en pionnière en la matière.

Ce n’est malheureusement pas aussi simple qu’il y paraît.

Des éoliennes et beaucoup de charbon

Premièrement, la protection du climat. La Chine a effectivement, au cours des dernières années, grandement rattrapé son retard et massivement investi dans les énergies renouvelables. Au niveau mondial, c’est le pays qui compte le plus d’éoliennes en activité, où l’on fabrique le plus de panneaux solaires et où l’on vend le plus de véhicules électriques. Il n’en reste pas moins le plus gros émetteur de CO2 et le plus gros consommateur de charbon.

L’électricité qui alimente les véhicules électriques est essentiellement produite par des centrales à charbon, très polluantes. L’efficacité énergétique est pratiquement nulle. Et comme le réseau est souvent obsolète, nombre des éoliennes ultramodernes qui tournent dans le nord et l’ouest du pays ne servent absolument à rien parce que l’électricité qu’elles produisent ne peut être acheminée ailleurs.

Un protectionnisme sans scrupule

Deuxièmement, l’économie : dans quelques années, la Chine sera la plus forte économie du monde. Pour atteindre cet objectif, elle agit souvent sans scrupule. Le protectionnisme s’est encore accru au cours des dernières années.

Pas plus tard que fin mai, la Chambre de commerce européenne à Pékin, a une fois de plus, déploré que les entreprises étrangères s’estiment de plus en plus souvent injustement traitées par rapport aux entreprises chinoises. Et cette tendance devrait encore se poursuivre.

Avec son programme “Made in China 2025”, Pékin compte abreuver de milliards de subventions ses gigantesques entreprises d’État. Les sociétés étrangères n’auront aucune chance face à une telle supériorité financière.

Les responsables politiques chinois parlent volontiers de la situation gagnant-gagnant qu’établirait une coopération étroite entre Européens et Chinois. Il y a beaucoup de vrai là-dedans, mais les Européens doivent veiller à ce que cette situation ne tourne pas à l’avantage exclusif de l’une des parties, selon la devise : gagnant-gagnant, c’est quand la Chine gagne deux fois.

Troisièmement, il reste à savoir si l’Europe a foncièrement intérêt à miser davantage sur la Chine que sur les États-Unis. Une chose est sûre : il est bon et important que l’Europe et la Chine poursuivent leur rapprochement. Elles ont besoin l’une de l’autre.

Les droits de l’homme aux “caractéristiques chinoises”

Mais la Chine a essentiellement besoin de l’Europe au plan économique. Du point de vue social, les Américains sont toujours beaucoup plus proches de nous que les Chinois – avec ou sans Trump. Et cela ne devrait pas changer. Liberté, démocratie, principe de codécision, État de droit, droits de l’homme et droits de la personne – ces fières valeurs ont été conquises de haute lutte en Europe et aux États-Unis. En Chine, pour reprendre le doux euphémisme des dirigeants de Pékin, elles s’appliquent aussi, mais exclusivement dans le respect des “caractéristiques chinoises”.

Ce qui veut dire tout simplement que ces valeurs telles que nous les comprenons n’existent pas en Chine. Et cela ne changera probablement pas de sitôt. Au contraire : la pression sur les libertés continue de s’accroître ; la censure de la presse se renforce ; depuis le 1er juin, une nouvelle loi sur l’informatique permet à l’État de surveiller encore plus strictement l’Internet. Et le 28e anniversaire du massacre de la place Tian’anmen, le 5 juin, est une année de plus occulté. L’État réprime, au besoin par la violence, tous les Chinois qui souhaitent commémorer l’événement.

Pour voir dans la Chine le nouveau partenaire de rêve de l’Europe, il faut donc avoir la vue bien courte.

Steffen Wurzel

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