La tentative de putsch du 15 juillet 2016 a constitué un véritable traumatisme pour la société turque, en ce sens qu’elle est survenue sans crier gare et a ébranlé le sentiment que tout un chacun éprouvait de tenir les rênes de son existence.

C’est un évènement qui présente plusieurs dimensions. Dans un premier temps, la population, en se retrouvant exposée aux tirs des tanks et avions de combat des putschistes, s’est sentie démunie et a fait l’expérience d’un sentiment d’impuissance extrême. Dans un second temps, la déroute subie par les putschistes a renforcé le sentiment des Turcs qu’ils étaient capables de faire face aux évènements.

“Ils sont venus à cinq, j’en ai allongé trois mais j’ai été dépassé par le nombre”… Ce genre de clichés belliqueux a pour fonction de protéger le sentiment d’agentivité [agency], c’est-à-dire la certitude d’être le sujet de sa propre existence. Or cette dimension joue un rôle fondamental pour nous protéger des traumatismes ou nous permettre de les surmonter. C’est pour cette raison que l’on préfère désormais qualifier les rescapés d’une catastrophe de “survivants” plutôt que de “

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Ilker Küçükparlak