Trump parle (c’est un moment historique), les chaînes d’info moulinent du Hallyday

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Chaque matin du lundi au vendredi, si possible à 9h15 précises, Daniel Schneidermann publie cette chronique sur les dominantes médiatico-numériques du matin. Ou parfois de la veille au soir (n’abusons pas des contraintes). Cette chronique est publiée sur le site indépendant arrêt sur images (financé par les abonnements) puis sur Rue89.

Victor Hugo, maintenant. France Inter est parti recueillir des réactions à la mort de Johnny.

Pas n’importe où : à la station de métro parisienne Duroc, rebaptisée Durock par le service de communication de la RATP, devant les caméras de toutes les chaînes d’info continue (pas toutes : France 24 a résisté à la transe collective, font savoir fièrement ses journalistes sur Twitter. Dont acte). Ils ont de l’imagination, à la RATP.

Et le sens de l’anticipation.

On imagine les brain stormings, ces derniers jours. Qu’est-ce qu’on pourra bien faire, le jour où ? Ah tiens, Duroc. Faire valider en haut lieu la blague de machine à café. Faire fabriquer les pancartes. Convoquer les télés. De la belle ouvrage. Cette entreprise est dirigée.

Donc, France Inter fait son micro trottoir à la station Duroc (pas seulement France Inter, d’ailleurs. J’ai entendu le même sur France Culture. Ils mutualisent, à Radio France. Je ne sais pas pourquoi Macron traite l’audiovisuel public de « honte de la République »).

Thème du micro-trottoir : quelles obsèques imaginez-vous pour Johnny ?

Et là, dans la bouche d’une dame, vient la comparaison avec les obsèques de Victor Hugo. Heureusement, Thomas Legrand est là. Thomas Legrand est éditorialiste politique sur France Inter. C’est dire si la Sagesse parle par sa bouche. Et il tient à recadrer les choses : ah non, tout de même, on ne peut pas rapprocher les obsèques de Johnny de celles de Victor Hugo. Non seulement ils mutualisent, mais ils savent prendre de la distance.

La faute de Mélenchon

Vraiment, on se demande pourquoi Macron… J’écris, j’écris, je joue au cynique, mais au fond de moi, j’espère toujours que le pire ne se vérifiera pas. Que la réalité me démentira. Hier, par exemple, j’essayais de décrire le mécanisme de l’injonction implicite.

Eh bien, elle ne reste pas toujours implicite. Elle est parfois parfaitement explicite. Tiens par exemple, vous vous souvenez de Jean-Michel Aphatie ? Il est un peu sorti du champ de vision, mais il twitte toujours.

Et sur Twitter, à propos de Mélenchon, il twitte ceci (je reproduis le tweet, car vous risqueriez de ne pas me croire).

Et nous, ici ? Où nous situer ? Comment rendre compte du « jour de la mort de Johnny » ? Plutôt qu’un compte-rendu de la journée de moulinage de vide à sujet unique sur les chaînes d’info, nous avons décidé de focaliser sur toutes les informations occultées par ce moulinage de vide.

Donc, on s’y attelle, et Hélène Assekour a pratiquement terminé sa liste, quand arrivent 19 heures. C’est l’heure où Trump doit annoncer en direct la reconnaissance par les Etats-Unis de Jerusalem comme capitale d’Israël. Savoir si cette nouvelle mettra ou non le feu au Proche Orient est hors de notre compétence. Mais c’est tout simplement un moment de télé, et un moment d’Histoire. Un rédacteur en chef d’info continue normalement constitué ne peut pas rater ce moment de direct.

C’est physique. On se prépare donc à écrire qu’à 19 heures, après une journée de folie, la planète a repris ses droits pour dix minutes. Eh bien non. Alors que Trump parle, Ruth Elkrief et tous les autres (CNews, LCI) continuent imperturbablement à mouliner du Hallyday. Dans leur bulle.

Sourds au monde, comme une secte. Toutes communications avec l’extérieur coupées. Ne pas déranger. C’est un moment de flottement, légèrement irréel. Leur arrivera ce qui doit leur arriver.

Pour lire la chronique sur ASI.

Daniel Schneidermann



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