Sénégal. À 91 ans, Abdoulaye Wade repique



Le résident versaillais est rentré au Sénégal pour mener la campagne des législatives du 30 juillet. L’ex-président revient-il pour se venger deux fois ?

Un vieux lion doublement blessé de retour dans l’arène. Ce n’est pas un conte de fées mais une nouvelle page de l’histoire politique sénégalaise qu’entreprennent d’écrire Abdoulaye Wade et le Parti démocratique sénégalais (PDS). Quatre-vingt-onze ans, soit juste deux ans de moins que le Zimbabwéen Robert Mugabe, le chef d’État le plus vieux en exercice dans le monde.

Abdoulaye Wade a déjà réussi son come-back en terre de Teranga (“hospitalité”). L’accueil triomphal qui lui a été réservé [le 10 juillet] par ses partisans n’a pas manqué de redonner au Gorgui (“le Vieux”) une fougue qu’il n’a du reste jamais perdue. Retrouvant toute sa jeunesse, il s’est livré à son exercice favori de grand tribun, haranguant une foule acquise à sa cause et comme nostalgique de ces années où l’ancien président [2000 à 2012] faisait la pluie et le beau temps.

Se croyant d’ailleurs invincible et fidèle à la tradition des dirigeants africains qui ne savent pas quitter les choses avant qu’elles ne les abandonnent, Abdoulaye Wade, désespérément à la conquête d’un troisième mandat, courbera l’échine devant Macky Sall en 2012. L’homme du Sopi – “le changement” [en wolof, du nom de son slogan de campagne en 2000] – fut surpris par cette déconfiture à laquelle il était loin de s’attendre.

Défaite qui marquera aussi la descente aux enfers de son fils, Karim Wade, pour lequel il avait presque fini de tailler le costume de dauphin en le nommant à la tête de plusieurs ministères de 2009 à 2012. Mais le fils ne deviendra pas calife à la place du calife. Il goûtera même aux aspérités des geôles de Rebeuss [une prison de Dakar], pendant trente-huit mois, accusé et condamné pour enrichissement illicite [il vit aujourd’hui au Qatar].

Rancune tenace

Est-ce pour cette double gifle que lui a assenée Macky Sall en lui barrant la route de la présidence en 2012 et en mettant en prison son fils et homme de confiance que Abdoulaye Wade, connu pour sa rancune tenace, est revenu se venger ?

Convaincu qu’il a encore un rôle de choix à jouer sur la scène politique du Sénégal, avec pour challenge immédiat de se faire élire député sous la bannière de son parti, le PDS, M. Wade a déjà ouvert les hostilités en appelant son successeur à quitter le Sénégal à bord de l’avion qui l’a ramené, lui, au bercail.

Abdoulaye Wade pourrait bien récupérer l’espoir des partisans de Khalifa Sall, le maire de Dakar actuellement derrière les barreaux, accusé de détournement de fonds publics, et surfer sur la déception de millions de Sénégalais.

Mais les Sénégalais, qui ont plutôt soif d’un renouvellement de générations, seront-ils prêts à opérer cette reculade vers l’ancienne classe pour redonner leur confiance à celui-là même qu’ils ont vomi parce qu’il ne leur a pas servi le changement qu’il leur avait promis, alors qu’il était encore l’opposant historique ?

À moins que le père soit en mission pour le fils, dont il préparera la réhabilitation pour lui rouvrir les voies de la présidence, rien ne peut justifier ce retour dans une mare politique où tous les coups sont permis, sans considération de droit d’aînesse.

Morin Yamongbe

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Wakat Séra est un site d’informations du Burkina Faso. Outre les articles traitant de l’actualité, il propose souvent des analyses sur la politique burkinabè et africaine. 

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