Royaume-Uni. Un accord chèrement payé avec les unionistes nord-irlandais

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Le Parti conservateur de Theresa May pourra disposer d’une majorité absolue grâce à un accord scellé avec le principal parti unioniste d’Irlande du Nord. En échange, la province bénéficiera d’une aide supplémentaire de 1 milliard de livres. Un accord qui est loin d’être idéal, analyse la presse britannique.

Le Parti conservateur de Theresa May est parvenu à un accord le 26 juin avec le Parti unioniste démocrate (DUP) d’Irlande du Nord, rapporte The Times. Après avoir perdu sa majorité aux élections législatives anticipées du 8 juin, la Première ministre britannique s’est vue contrainte de trouver du soutien auprès d’autres partis. Et elle l’a trouvé auprès des dix élus du DUP, le parti nord-irlandais mené par Arlene Foster.

“L’accord a surtout été conçu pour faire passer au Parlement les projets de Mme May concernant le Brexit”, analyse le quotidien conservateur, même s’il couvre aussi des questions budgétaires, la sécurité nationale et d’éventuels votes de confiance.

Colère des Écossais et des Gallois

Mais l’accord a un prix : Arlene Foster a obtenu de Theresa May un budget supplémentaire de 1 milliard de livres [1,1 milliard d’euros] pour les infrastructures, la santé et l’éducation en Irlande du Nord, “ce qui a suscité la colère des politiciens écossais et gallois”. Par ailleurs, l’accord avec le DUP “soulève des questions sur la neutralité du gouvernement” à l’égard des deux partis censés former le nouveau cabinet nord-irlandais. 

Enfin, le journal souligne que, sur des questions sociales, le parti conservateur et le DUP ne sont pas sur la même longueur d’onde. Le DUP est bien plus conservateur que le parti de Theresa May :

Sur les droits des homosexuels et l’avortement, le DUP est très éloigné des mœurs en vigueur aujourd’hui en Grande-Bretagne. Certes, le Parti conservateur n’a pas conclu d’accord avec le DUP sur ces questions-là, mais le positionnement du DUP ne va pas aider le Parti conservateur à consolider son soutien parmi les électeurs jeunes et urbains.”

L’accord pour ce gouvernement minoritaire est donc “une recette de survie, mais pas de stabilité”, conclut le journal.

Mme May “devra expliquer pourquoi la population d’Irlande du Nord – 1,8 million de citoyens –, qui bénéficie déjà de plus de soutien financier que les autres habitants du Royaume-Uni, a droit à un supplément pour ses dépenses publiques dont sont privés les 63 millions d’autres citoyens du R.-U.”, commente Martin Kettle dans The Guardian.

Processus de paix

De plus, l’accord n’est pas de bon augure pour le processus de paix en Irlande du Nord, qui requiert le partage du pouvoir entre le DUP et le Sinn Féin. Le chroniqueur rappelle que les deux partis n’ont toujours pas conclu d’accord gouvernemental après les élections en Irlande du Nord et qu’ils sont “dans une spirale négative de défiance mutuelle” :

Maintenant que le DUP a fait sa démonstration de complicité avec le Parti conservateur, il est difficile d’imaginer que le Sinn Féin accepte tranquillement de renégocier une coalition [avec le DUP].”

Selon The Daily Telegraph, l’accord sera un “exercice d’équilibriste” pour Mme May, qui, “sur le long terme, pourrait nuire au gouvernement”. Car toutes les mesures politiques qu’il ne couvre pas devront être débattues et votées “au cas par cas”, et risquent donc de ne pas passer au Parlement.

Judith Sinnige



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