Royaume-Uni. Le Brexit peut-il être stoppé ?

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La sortie de l’Union européenne est-elle encore réversible ? C’est ce qu’espèrent de plus en plus de Britanniques qui souhaitent rester dans l’UE. Mais sur la question de savoir comment y arriver, les avis divergent.

Politiciens, commentateurs, journalistes… de plus en plus de Britanniques proeuropéens appellent à un second référendum pour permettre à l’électorat de changer d’avis. Pour des figures anti-Brexit comme l’ancien Premier ministre Tony Blair et Nick Clegg – l’ancien dirigeant des Libéraux-démocrates, parti proeuropéen –, leur position est attendue. Mais même au sein du camp pro-Brexit, des voix s’élèvent pour un “soft Brexit” – afin de rester dans le marché unique et – ou pour “une période transitoire” pour éviter une coupure brutale de l’UE qui serait néfaste pour l’économie.

Il faut organiser un nouveau référendum, argumente Gideon Rachman dans le Financial Times. Le Brexit réel sera “très différent de celui pour lequel beaucoup de personnes ont voté”, raison pour laquelle l’électorat devrait pouvoir se prononcer une nouvelle fois. Le Brexit s’avère être de plus en plus “une mauvaise nouvelle pour l’économie”, et “la vision des pro-Brexit est en train de s’effondrer”, selon le chroniqueur pro-UE :

La campagne pro-Brexit avait réussi à faire croire à un nombre suffisant d’électeurs que le Royaume-Uni pourrait jouir d’un libre-échange avec l’Europe, tout en mettant fin à la libre circulation des personnes et aux paiements à l’UE. Or il est désormais évident que cette vision d’un Brexit sans douleur était une illusion”.

Le “pays de cocagne” est une chimère

Certes, il faut revenir en arrière, concède Matt Kelly dans Politico. Le Royaume-Uni “se porte préjudice” en quittant l’UE et “le pays de cocagne promis à la population par les pro-Brexit” est une chimère. Mais un second référendum n’est pas la bonne solution, estime le journaliste pro-UE. C’est au Parlement de stopper le Brexit :

On n’a pas le temps [d’organiser un second référendum], et ce n’est pas à la population de prendre ce type de décision. Cela n’a d’ailleurs jamais été le cas. La mission d’annuler le Brexit revient à nos députés : les 650 hommes et femmes fraîchement élus pour défendre nos intérêts.”

Même son de cloche au Guardian. “Il ne faut jamais organiser un second référendum” car “une question aussi élémentaire [que le Brexit] divise la nation”, suscite “des émotions” qui n’ont pas lieu d’être dans un plébiscite et “paralyse la politique pendant des années”, considère Polly Toynbee. Plutôt que d’organiser un deuxième référendum, la chroniqueuse propose une période de transition, qui permettrait au Royaume-Uni de rester membre de l’Association européenne de libre-échange, comme la Norvège. Quitte à ce que ce soit “un compromis” qui “n’en finira peut-être jamais” :

Même [le ministre du Brexit] David Davis est d’accord pour dire qu’il faut une période de transition, maintenant qu’il arrive enfin à réaliser la complexité diabolique [du Brexit]. Les pro-Brexit virulents seront toujours implacables, mais [une période de transition] pourrait s’avérer comme étant la solution la moins mauvaise. Certes, cela voudrait dire que nous devrons accepter des règles [de libre-échange] sur lesquelles nous n’aurons plus notre mot à dire, mais toutes les autres solutions sont pires.”

“Il est clair que le Brexit est une très mauvaise idée”, estime aussi John Harris dans le même journal de gauche et pro-UE The Guardian. Mais un second référendum risque de provoquer un sentiment de “trahison” auprès des Britanniques pro-Brexit, prêt à être exploité par “de terribles forces opportunistes” et anti-immigration comme l’Ukip, avertit le chroniqueur. Il vaut mieux que la sortie de l’UE ait lieu et que le pays soit confronté à la dure réalité du Brexit pour se rendre compte que c’était une erreur :

La seule façon de dissiper des fantasmes sur une quelconque exception anglaise est de les mettre à l’épreuve du monde réel […]. Le Brexit aura probablement comme conséquence une longue période de pénurie relative et une ambiance de récrimination et de ressentiment. […] Mais c’est peut-être le prix à payer pour mettre enfin de côté notre passé impérialiste et de retrouver le chemin pour revenir au sein de la famille européenne, si elle veut encore de nous.”



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