Road trip. J’irai voir tous les Lebanon d’Amérique

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Visiter chaque ville américaine baptisée “Lebanon” (“Liban”, en anglais) : telle est l’idée du Beyrouthin Fadi Boukaram lorsqu’il prend la route à l’automne 2016. Il ne le sait pas encore, mais il va sillonner ce qui s’apprête à devenir les États-Unis de Donald Trump.

Je roule à 20 km/h dans une rue où la vitesse est limitée à 65 km/h. Et je m’agrippe au volant. C’est la première fois que je conduis une caravane, et les manœuvres se révèlent bien plus compliquées que ce que j’avais imaginé. C’est un véhicule lourd, encombrant, qui valse à chaque coup de vent malgré tous mes efforts pour le stabiliser. J’ai intérêt à vite m’habituer. Je suis parti pour vivre et rouler dans cette caravane durant les cinq prochains mois. Première destination : la ville de Lebanon dans le Dakota du Nord, à quelque 2 000 kilomètres de distance. 2 000 kilomètres…

Je devrais être plus enthousiaste. Chaque personne à qui je raconte mon projet l’est. Alors pourquoi ne le suis-je pas plus ? Je me lance tout de même dans une aventure exceptionnelle !

Il y a deux mois et demi, c’était en juillet, j’ai quitté mon poste de consultant au sein d’un cabinet de services professionnels, ainsi que mon appartement. À la fin de septembre, je partais pour San Francisco, muni d’un visa touriste, au grand désarroi de ma famille qui n’est pas loin de penser que j’ai perdu la tête.

“Ce projet m’a totalement obsédé”

Mais j’ai un projet : acheter une caravane et parcourir le pays pour photographier toutes les villes des États-Unis baptisées “Lebanon”. L’idée m’habite depuis que j’ai découvert l’existence de plusieurs Lebanon aux États-Unis. En approfondissant mes recherches, j’en ai trouvé plus de quarante.

Et un matin, j’ai pris conscience que la vie était trop courte. Ce projet m’a totalement obsédé. Et j’ai décidé de le suivre. (Voir la carte interactive ci-dessous.)

Trois semaines à San Francisco ont suffi pour me procurer tout ce dont j’avais besoin : matériel photographique, téléphone mobile et ligne américaine pour rester connecté. J’ai tout trouvé sauf… une caravane en bon état. Je suis nerveux.

Trois jours avant le grand départ, à la mi-octobre 2016, j’ai rencontré un homme qui m’a proposé de me louer sa caravane. Le véhicule était stationné à Seattle, à 1 300 kilomètres de San Francisco. J’ai donc dû louer une voiture pour aller chercher ma caravane.

Ce n’est pas la première fois que je suis aux États-Unis. J’y ai passé quatre ans, pendant mes études à San Francisco. Mais je n’avais visité que les côtes Ouest et Est. En fait, je ne suis pas tout à fait prêt pour ce qui m’attend.

Quand je prends la route de nuit pour rallier le Montana depuis l’État de Washington, je découvre que la plupart des autoroutes ne sont pas éclairées et que les nids-de-poule sont de bonne taille. Je regrette très vite d’avoir critiqué l’état des routes au Liban, lesquelles seraient une preuve que c’est un pays du tiers-monde.

En certains endroits, sur les autoroutes américaines, il n’y a même pas de réseau, aucun signal radio, et je roule pendant des heures totalement déconnecté du monde. Je reprends contact avec lui quand je m’arrête dans les stations-service ou dans un Walmart – une chaîne d’hypermarchés nationale. J’y passe la nuit, dans ma caravane garée dans le parking. Bien loin de mon appartement paisible de Broummana [une localité située à une quinzaine de kilomètres de Beyrouth], je m’endors à quelques mètres des clients nocturnes et des voitures en marche.

Bienvenue chez les “pitoyables”

Au moment d’atteindre le Dakota du Nord, une semaine après avoir entrepris mon voyage, je m’efforce de rencontrer les habitants de ces petites villes où je fais escale. Apprendre à les connaître fait partie des objectifs de ce périple. Si je suis réticent au départ, c’est parce que mes amis de San Francisco et de la côte Est m’ont rappelé que les Américains vont élire un président dans moins de deux semaines, l’une des élections les plus controversées

[…]

Fadi Boukaram

L’auteur

Fadi Boukaram a 38. Il est né à Beyrouth. Après des études de commerce à San Francisco, il a travaillé comme consultant dans la capitale libanaise. Vers l’âge de 30 ans, il commence à se passionner pour la photographie, qu’il pratique en amateur au sein du collectif Observe. Son travail a fait l’objet d’accrochages lors de diverses expositions à Beyrouth, Londres ou encore Miami.

En septembre 2016, Fadi BouKaram quitte son emploi et s’envole pour les États-Unis pour faire le tour des “Lebanon” (“Liban”, en anglais) américains. Un périple qui s’est achevé au mois de mars et dont L’Orient-Le Jour a publié le récit complet en français et en anglais.

Voyages extraordinaires

Une du hors-série Voyages extraordinaires juin-juillet-août 2017 Scott Mac Bride/Moment Select/Getty Images.

Cet article est extrait de notre hors-série Voyages extraordinaires. Vingt des plus beaux récits de la presse étrangère à retrouver en kiosque et sur notre site tout l’été.



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