« Pour La Poste, le numérique représente également une opportunité »

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Internet a radicalement changé le comportement des particuliers, des entreprises et des administrations. Le temps est aujourd’hui compté pour la lettre, remplacée par l’e-mail et le SMS. La Poste, qui constate depuis plusieurs années l’effondrement de son activité courrier, s’est lancée dans un vaste chantier de transformation, comme l’explique au Monde Sylvie François, directrice générale ajointe et DRH de La Poste. Elle est l’invitée du Monde Festival dimanche 24 septembre dans le cadre du débat « Quand une entreprise doit se réinventer ».

La lettre est-elle vouée à disparaître ?

Le courrier est notre activité historique. Il y a ne serait-ce que dix ans, il constituait de très loin notre activité principale, avec 18 milliards de lettres distribuées chaque année. Aujourd’hui nous n’en distribuons plus que 11,5 milliards, avec une chute inéluctable du nombre de courriers acheminés de l’ordre de 6 % à 7 % par an. Aucune autre entreprise n’est confrontée à une telle baisse de son volume d’affaires année après année. Que les Français envoient beaucoup moins de lettres et de cartes postales, détrônées par les SMS et les e-mails, n’est pas nouveau. Mais désormais ce sont les entreprises et les administrations qui, entre elles ou dans leurs relations avec leurs clients, communiquent par le biais d’Internet.

La Poste envisage-t-elle de restructurer ses infrastructures, son réseau, ses tournées ?

Nous avons encore 11,5 milliards de lettres à distribuer, et notre approche tient compte du fait que nous remplissons une mission de service public, donc, jusqu’au bout, nous distribuerons le courrier six jours sur sept. Mais nous nous adaptons. Le facteur distribue de plus en plus de colis, avec le développement du e-commerce. Nous mettons donc l’accent sur ce métier du colis express, en France et à l’international : le chiffre d’affaires de notre filiale GeoPost dépasse désormais 6 milliards d’euros, quand celui de l’activité courrier s’élève à 11 milliards d’euros. Le numérique représente également une opportunité pour nos autres métiers. Par ailleurs, le facteur peut rendre des services à domicile au cours de sa tournée, comme par exemple celui de « Veiller sur mes parents ».

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Quand une entreprise doit se réinventer

Quand avez-vous décidé de changer la stratégie du groupe pour vous adapter à la chute de l’activité courrier ?

En 2006 nous avons eu l’autorisation de transformer nos services financiers en véritable banque postale, et derrière ce projet il y avait déjà la prise de conscience de la baisse continue du courrier. Le véritable changement de cap date du plan stratégique actuel, à horizon 2020. Les 73 000 facteurs représentent le premier réseau de présence physique sur le territoire. La Poste, avec 220 000 postiers en France, est le plus gros employeur en France. Nous avons décidé d’en faire une force et de trouver de nouvelles activités qui donneront un avenir à tous les postiers. Nous développons donc les compétences de ceux qui exercent les métiers historiques du courrier. Outre le colis, le courrier commercial, la banque et les services de proximité, nous nous diversifions dans les services numériques : La Poste est le leader du vote électronique en France, un service utilisé par les entreprises, les administrations et les partis politiques. Nous sommes également le premier hébergeur de données de santé.

La Poste est-elle en passe de réussir sa transformation ?

Pour nous transformer, nous avons besoin du soutien de nos actionnaires, l’Etat et la Caisse des dépôts, car nous devons investir massivement dans nos nouvelles activités, notamment en développant de nouvelles activités et en rachetant des entreprises. Depuis plusieurs années, nous investissons plus d’un milliard d’euros chaque année. Nous avons franchi plusieurs étapes importantes : notre modèle économique est un peu moins dépendant de l’activité courrier, qui représentait 50 % de nos revenus en 2010. Notre objectif est qu’il passe sous la barre des 30 %, grâce au développement rapide de nos autres métiers. Nous n’y sommes pas encore, mais notre transformation est bien engagée.

« Le Monde » organise, dans le cadre du Monde Festival, un débat sur l’entreprise à l’heure de la révolution numérique, le dimanche 24 septembre, avec Sylvie François, directrice adjointe de La Poste, Pascal Nègre, ancien président d’Universal Music France, et Jean-François Rial, PDG du groupe Voyageurs du monde.

Par Véronique Chocron



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