Porno tous azimuts : Révolution sensuelle

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Photos extraites de la série « Pornographie » (2002), d’Edouard Levé.

Claudia Attimonelli, sociosémiologue, enseigne à l’université ­Aldo-Moro (Bari, Italie). Vincenzo Susca est maître de conférences en sociologie de l’imaginaire à l’université Paul-Valéry (Montpellier). Ils ont publié Pornoculture. Voyage au bout de la chair (Liber, 168 pages, 19 euros), où ils s’intéressent à l’histoire du « porno-érotisme » depuis l’après-guerre et à son influence croissante sur la culture électronique.

Vous analysez l’émergence, dans ­les années 1950-1960, de ce que vous ­appelez le « porno-érotisme » ou encore « la pornoculture » occidentale, comme une forme de réaction hédoniste et jouissive aux atrocités de la première moitié du XXsiècle. C’est-à-dire ?

Vincenzo Susca :L’histoire accablante du XXsiècle, avec ses camps d’extermination, ses armes de destruction massive, ses massacres industriels – plusieurs dizaines de millions de morts pendant la seconde guerre mondiale –, a représenté un moment traumatique sans précédent. Certains penseurs, comme le philosophe Günther Anders, ont estimé qu’il fallait désormais envisager ­« l’obsolescence » de l’homme. Après cette ­dévastation, nous sommes entrés plein ­d’effroi dans une nouvelle ère.

Nous savons désormais que nous ne ­reviendrons plus en arrière, que le monde technique transcende la vie humaine et rend possible des destructions apocalyptiques. Dès lors, dans les ruines de l’humanisme et de l’homme, il ne s’agit plus de se libérer des chaînes, selon la vieille utopie moderne, mais plutôt de trouver la ­manière de vivre et de jouir en cherchant des interstices de liberté. En 1945, le corps humain vient d’éprouver le pire. Il lui faut retrouver la joie de vivre en paix, essayer d’habiter le monde différemment, d’exulter enfin. C’est une forme de résurrection, dionysiaque, païenne.

Elle se manifeste comment ?

V. S. :Dans les années 1950, une première…

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