Polo & Pan, maîtres de l’électro joyeuse

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Fan de Debussy comme d’Abba, héritier de Daft Punk, le tandem français Polo & Pan joue des platines depuis 2012. Dans son premier album, « Caravelle », le duo invite au voyage avec une réjouissante mélancolie.

Le Monde
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Polo & Pan – Paul Armand-Delille et Alexandre Grynszpan – se sont rencontrés en 2012 dans la légendaire discothèque Le Baron, à Paris.

Qu’il désigne le bateau de Christophe Colomb ou le modèle d’avion emblématique des années 1960, le mot « caravelle » est synonyme de dépaysement. Avec Polo & Pan, le duo électro formé par Paul Armand-Delille et Alexandre Grynszpan, il prend la forme d’un premier album nourri de rêveries estivales et d’évasions balnéaires.

Polo & Pan est le fruit de l’amitié entre les deux trentenaires qui cultivent une polyvalence rare, étant aussi à l’aise avec les images de leurs clips qu’avec les rythmes et les mélodies. Un aspect touche-à-tout que chacun a d’abord cultivé en solo. Passionné de dessin, Polo (Paul Armand-Delille) s’est essayé au journalisme télé, tout en s’investissant dans la réalisation musicale, après avoir été « foudroyé » par Moon Safari (1998), le premier album de Air.

Danse, humour, émotion

Auteur d’expériences discographiques voyageuses (le trio Open Space and Stars à San Francisco et l’expérience électro The Atlas Collective, enregistrée au Maroc), ce Franco-Américain s’est converti à l’art des platines. Tout comme Pan (Alexandre Grynszpan) qui, après un passage au Conservatoire, où il a appris le piano classique, les percussions et le violoncelle, a bifurqué vers des études de cinéma pour revenir à la musique par le biais du DJing.

C’est justement autour de platines qu’ils se croisent la première fois, en 2012, dans la cabine de DJ du Baron, légendaire (et minuscule) bar-discothèque de l’avenue Marceau (Paris 8e). Régulièrement conviés à mixer dans ce temple snob des nuits parisiennes, Paul et Alex s’adaptent sans mal à l’éclectisme prôné par Greg Boust, le DJ résident du lieu.

« Le but était de concevoir une musique positive de qualité. Ce n’est pas si évident de parler d’amour quand il n’est pas déchu, de mêler sourire et intensité. » Alexandre Grynszpan

« Après les années French Touch et les soirées techno-house du Rex Club ou du Queen, celles du Baron s’éloignaient du militantisme électro pour mélanger les styles musicaux », rappelle Armand-Delille en se souvenant de setlists mêlant Jacques Brel et NTM, Abba et Rage Against The Machine.

« L’idée, c’était de faire danser, et surtout d’écrire des scénarios de soirées avec humour et émotion. »L’esthétique du duo est lancée. Dans leur studio d’Asnières monté par Armand-Delille, ils entremêlent les références et s’imposent comme des enfants de Daft Punk autant que de la variété des années 1970 ou des musiques du monde, capables de glisser un clin d’œil à Ravel ou Debussy. « Le but était de concevoir une musique positive de qualité, explique Alexandre Grynszpan. Ce n’est pas si évident de parler d’amour quand il n’est pas déchu, de mêler sourire et intensité. »

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Décidé à défendre ce parti pris de joyeuse mélancolie, le duo a imaginé un premier album en douze tableaux, servis par des voix invitées. Porté par la candeur de leurs fidèles complices, Marguerite Bartherotte et Victoria Lafaurie, Cœur croisé rêve, par exemple, du Paris des années 1960 et de la bande-son déjantée de l’époque (Nino Ferrer, Jacqueline Taïeb…), quand la bossa nova du tube Canopée se souvient de radeaux de botanistes perchés sur la forêt amazonienne et du joli concept de « la timidité des arbres » pour évoquer la pudeur amoureuse. Mais la légèreté de ces hymnes à la bronzette ne masque pas les tourments du monde. Tel le mur de Donald Trump serpentant le long de la cumbia de Mexicali, chanté par Eblis Alvarez, l’électropicaliste colombien des Meridian Brothers. Ou les attentats de 2015 justifiant l’évasion poétique de cette Plage isolée où, bercé par une lumineuse boucle de kora, « un coquillage adorable me fait part de tes pensées ».

« Caravelle » de Polo & Pan, 1 CD Hamburger records/Ekler’O’Shock/Caroline Records. En concert le 21, à Carpentras, au Kolorz Festival ; le 30, à Cabourg, au festival Cabourg mon amour ; le 20 septembre, à l’Élysée-Montmartre, Paris 18e.

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