parler autrement des émotions aux petits garçons

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« Comment faire pour mieux éduquer les garçons ? » C’est la question qu’a souvent entendue Titiou Lecoq, journaliste et auteure, en promo pour son dernier livre, « Libérées ! » (éd. Fayard, 2017).

C’est une question intéressante, qui lui permet dans un excellent billet de blog de parler d’un sujet central : l’apprentissage des émotions.

On inculque aux petites filles une plus grande palette émotionnelle, tandis que les petits garçons sont vite réduits à deux états émotionnels que Titiou Lecoq résume en smileys : content / pas content.

Parce qu’exprimer ses émotions, c’est faire preuve d’une certaine vulnérabilité contraire à l’idéal viril, les garçons peuvent montrer la colère, mais sont réprimés dès la petite enfance sur l’expression du chagrin, de la peur, alors qu’on attend des filles une certaine sensibilité, fragilité, tout en masquant leur colère. Voilà pour les normes de genre, drainées à travers l’éducation, la socialisation, la culture.

La vraie révolution : que les garçons expriment enfin leurs émotionsPour Titiou Lecoq, mère de deux jeunes garçons, la réduction des émotions collées aux garçons leur est néfaste, « elle les appauvrit et ils finissent par s’exprimer sur un mode binaire ». Conclusions :

« Il faut leur expliquer que 1°) les émotions sont importantes et 2°) beaucoup plus riches que ‘content/fâché’. »

Rangement et consentement

Car il y a un enjeu autre à cet apprentissage émotionnel, développe l’auteure :

« Mon postulat, en lien avec le ménage et la culture du consentement, c’est qu’après avoir appris à identifier ses propres émotions, on est plus à même de faire attention à celles des autres.
On aiguise sa capacité d’empathie, on peut se mettre à la place d’autrui et comprendre ce qu’il ressent. On comprend aussi qu’on a, individuellement, une influence sur les émotions des autres et qu’on en a une part de responsabilité. »

L’équation est la suivante : « Identifier ses émotions = faire attention à celles des autres = respect = ranger ses affaires. (Quoi ? Quel raccourci ? Vous avez vu un raccourci vous ?) » On pourrait ajouter = respecter le consentement sexuel de l’autre

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Une éducation non genrée pour les garçons passe par un travail en profondeur sur les émotions.

Il s’agit par exemple de les faire parler de ce qu’eux et les autres éprouvent dans différentes situations, en leur demandant par exemple de décrire ce que ressent le personnage fictif d’un livre ou d’un film lu ou vu ensemble. Dans son livre, Titiou Lecoq précise que les pères doivent y participer, pour déroger à l’association « émotion = mère = femmes ».

Il existe également des livres pour enfants qui permettent de travailler sur ses émotions. Titiou Lecoq cite « Grosse colère » (éd. L’école des loisirs), « La couleur des émotions » (éd. Quatre fleuves) ou pour les plus grands « Mes p’tites questions » sur les émotions (éd. Milan). Ainsi que des supports pédagogiques pouvant aider les enfants à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent (comme « la météo des émotions »).

Mur des émotions

Avec ses enfants, la journaliste a aussi fait un « mur des émotions » :

« Ils ont peint les couleurs associées aux émotions. […] Ensuite, je leur ai demandé de mimer des émotions, j’ai pris des photos qu’on a imprimées et collées sur chaque couleur. Ils ont adoré.
Curly a de lui-même mélangé des couleurs parce qu’on peut avoir plusieurs émotions en même temps. Et depuis, il réutilise régulièrement ce code couleurs pour parler. »

Emilie Brouze



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