Ouverture à Paris de la conférence internationale de recherche sur le sida

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En toile de fond de l’événement, qui se tient jusqu’au 26 juillet, les craintes sur la réduction annoncée de la contribution des Etats-Unis à la lutte contre le VIH dans le monde.

Paris devient, dimanche 23 juillet, la capitale de la lutte contre le sida, avec l’ouverture de la conférence internationale de recherche. Les organisateurs de ce rendez-vous, qui réunit la fine fleur scientifique jusqu’au mercredi 26 juillet au Palais des Congrès, ont publié une « Déclaration de Paris » pour exprimer leurs craintes, avant même son ouverture.

« Pas de fin du VIH sans la recherche et pas de recherche sans des investissements pérennes », proclame ce texte. S’il ne cite pas nommément les Etats-Unis du président Donald Trump, ce sont bien eux qui sont visés. « Des vies risquent d’être perdues inutilement », s’inquiète ainsi la chercheuse sud-africaine Linda-Gail Bekker, présidente de l’International AIDS Society (IAS), qui coorganise la conférence avec l’agence française de recherche sur le sida, l’ANRS.

Les Etats-Unis sont historiquement le plus gros contributeur à la lutte contre le VIH, et de loin : ils représentent à eux seuls plus des deux tiers des financements gouvernementaux internationaux. En 2016, ils ont consacré 4,9 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros) à des programmes de lutte contre le virus, très loin devant le Royaume-Uni (645,6 millions) et la France (242,4).

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830 000 patients privés d’antirétroviraux

Or, le président Trump propose de réduire ces dépenses dans le budget 2018, actuellement en discussion au Congrès, pour un montant global évalué à plus d’un milliard de dollars par l’ONG américaine Health Gap. Il faut « réduire les financements de plusieurs programmes de santé, dont certains concernent le sida, en considérant que d’autres donateurs devraient augmenter leur contribution », a écrit le locataire de la Maison Blanche en mai dans un projet de budget.

Si elles sont adoptées, ces coupes priveront 830 000 patients, essentiellement africains, d’antirétroviraux, traitements qui empêchent le développement du virus, estime la Kaiser Family Foundation. Elles entraîneront en outre 200 000 nouvelles infections, prévoit cette organisation américaine à but non lucratif spécialisée dans les politiques de santé.

Parmi les coupes envisagées, une baisse substantielle de la participation américaine au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Elle ne se monterait plus qu’à 1,13 milliard de dollars, soit 222 millions de moins qu’en 2017. « Les Etats-Unis représentent environ un tiers du financement total du Fonds mondial, donc une baisse de 17 % de leur contribution serait vraiment un coup de tonnerre », craint Alix Zuinghedau de Coalition Plus, un regroupement d’associations de lutte contre le VIH.

Autre inconnue : le budget consacré au Pepfar, le programme initié en 2003 par George W. Bush et qui permet à plus de 12 millions de patients de bénéficier de traitements antirétroviraux. « On ne parle pas d’un simple risque de ralentissement de la lutte contre le sida : ces coupes budgétaires pourraient entraîner un vrai revirement par rapport aux progrès que nous avons faits », insiste Mme Bekker, pour qui ce serait « une tragédie ».

Un manque de 7 milliards de dollars

Car ces progrès sont notables : depuis 2005, le nombre de morts de maladies liées au sida a été divisé par deux dans le monde (un million en 2016), a annoncé jeudi l’Onusida, le programme de coordination de l’ONU. L’an dernier, 36,7 millions de personnes vivaient avec le VIH et plus de la moitié (19,5) avait accès aux traitements.

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En 2016, 19,1 milliards de dollars ont été réunis par des donateurs publics et privés dans le monde pour la lutte contre le virus. Il en faudrait 26,2 pour être sûr d’atteindre en 2020 le but fixé par l’ONU, à savoir que 90 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut, que 90 % de ces dernières soient sous traitement, et que parmi celles-ci, 90 % aient une charge virale indétectable.

« Nous maximisons l’usage de chaque dollar disponible, mais il nous en manque toujours 7 milliards », a dit jeudi Michel Sidibé, directeur exécutif de l’Onusida.



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