Migration. Le Sahara, nouvelle étape mortifère sur la route des migrants

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Abandonnés par leurs passeurs en plein Sahara, 24 migrants ouest-africains ont été secourus par l’armée nigérienne dimanche 25 juin, tandis qu’une cinquantaine de personnes auraient été retrouvées mortes. Selon le site guinéen Ledjely.com, ce désert se transforme peu à peu en cimetière pour les migrants.

L’émigration clandestine, cet autre fléau qui s’élève des entrailles de l’Afrique, continue d’endeuiller le continent, qu’elle prive au passage de bras valides et de cerveaux. Ce fut d’abord la mer Méditerranée qu’elle transforma en vaste sorcière avaleuse d’âmes de jeunes Africains, fuyant généralement la pauvreté, la misère et surtout l’absence de perspectives. Mais de plus en plus, c’est le désert qui s’en charge. Caractérisée par une insoutenable chaleur et un vide sécuritaire, cette vaste bande sablonneuse particulièrement affectionnée par les criminels de tout acabit offre l’occasion à des passeurs cyniques de rançonner de pauvres migrants dont ils exploitent la naïveté avant de les laisser en rade, à la merci de la soif, de la faim et de toutes les autres formes de dangers.

C’est le sort peu enviable qui vient d’être réservé à une cinquantaine de migrants subsahariens portés disparus [retrouvés morts dans le désert du Niger], mais dont le rêve d’un ailleurs meilleur vient certainement de s’éteindre dans l’hostile désert saharien. Un autre drame qui devrait interpeller l’ensemble des leaders africains quant à cette spirale meurtrière qui absorbe la jeunesse du continent.

“La peste et le choléra”

Triste destin que celui du migrant africain, obligé de choisir entre la peste et le choléra. Ce n’est pas de gaieté de cœur que les jeunes Africains se résolvent à abandonner famille et amis pour se lancer dans une aventure incertaine qui implique de braver l’immensité du désert et le gouffre que représente la mer Méditerranée.

Mais il est également vrai qu’avant de se retrouver au milieu du gué, le migrant n’a jamais pris la pleine mesure des risques qu’il prend. Volontairement fermé aux conseils de prudence, il est plus enclin à prêter l’oreille aux arnaqueurs, qui, jouant le rôle de rabatteurs, sont davantage préoccupés par leurs commissions ou les dividendes du racket auquel les candidats sont systématiquement soumis. Dans les pays d’origine, le migrant est d’autant plus pris dans la spirale de la manipulation que les administrateurs les plus haut placés tirent les ficelles de la filière migratoire. Il s’ensuit que le candidat n’est pas suffisamment informé des multiples rançons qui l’attendent en cours de route.

Victimes des passeurs

Toutefois, il y a des problèmes qui sont d’apparition relativement récente. Il s’agit notamment du phénomène de l’esclavage, évoqué de nos jours par de nombreux témoignages concernant la Libye. Il s’agit surtout de cette attitude peu responsable des passeurs, qui, après avoir convoyé des migrants qu’ils ont soigneusement pris soin de dépouiller auparavant, les abandonnent en plein désert. C’est un comportement cynique et abject, dans la mesure où, entre les migrants et les passeurs, il s’établit un contrat en vertu duquel les seconds ont le devoir de garantir un minimum de sécurité aux premiers. Encore qu’un passeur ne soit pas un partenaire fiable.

Responsabilité africaine

Il incombe donc aux États africains de veiller à la sécurité de leurs citoyens. Tout d’abord en s’emparant de cette problématique migratoire comme il se doit et non plus comme un simple slogan politique. Naturellement, le réalisme implique qu’on admette que l’appui des partenaires de la communauté internationale est nécessaire voire indispensable. Mais l’Afrique a le devoir de montrer la voie à suivre et de donner l’exemple.

Ce qui suppose que son élite sorte des querelles intestines qui maintiennent le continent dans sa léthargie et son retard endémiques. Ce qui suppose aussi que l’on cesse de protéger les dictateurs notoires qui empêchent les pays de penser au développement et à la réalisation des légitimes aspirations de la jeunesse. Ce qui suppose enfin que ceux qui prennent en otage les ressources des pays soient dénoncés, démasqués, poursuivis et contraints de restituer les avantages indus qu’ils s’octroient. Bref, pour juguler le phénomène de l’émigration clandestine et amoindrir les risques qui lui sont associés, l’Afrique doit objectivement repenser le paradigme de sa gouvernance politique et économique. Autrement, comme jadis avec les coups d’État, elle sera la risée du monde pour de nombreuses années encore.

Boubacar Sanso Barry

Des drames qui se répètent

Ils étaient partis en voiture d’Agadez, dans le centre du Niger, avec pour objectif de se rendre en Libye puis en Europe. Mais abandonnés par leurs passeurs en plein désert, une cinquantaine de migrants ont perdu la vie dans le Sahara nigérien. 24 autres personnes ont pu être secourues par l’armée nigérienne dimanche 25 juin. Le site Sahélien.com rappelle que le 13 juin dernier, un drame similaire s’est produit dans cette région, une centaine de personnes avaient alors été secourues. Et plus tôt au début du mois de juin, 44 migrants, dont des enfants, avaient été retrouvés morts dans le désert de la région d’Agadez, dans le nord du Niger.

Source

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