Manuel Valls et le PS: une histoire pas vraiment rose

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Alors que l’ancien Premier ministre a annoncé son départ du Parti socialiste, retour sur les nombreuses fois où Manuel Valls a divisé son ancien camp.

« Une partie de ma vie politique s’achève. Je quitte le Parti socialiste ou le Parti socialiste me quitte ». Ce mardi sur RTL, Manuel Valls n’a pas surpris grand monde, tant la rupture avec sa famille politique était consommée. En cause notamment, son choix de soutenir Emmanuel Macron face à Benoit Hamon, puis de tenter de se présenter (sans succès) aux législatives sous l’étiquette LREM.  

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Au PS, ils seront peu nombreux à regretter l’ancien Premier ministre qui, tout au long de sa carrière politique, aura mis un point d’honneur à naviguer à contre courant de son parti. 

Un trublion dans le viseur de Martine Aubry

En 2009, Le Parisien se procure une lettre, dans laquelle Martine Aubry, alors en pleine tentative de reconstruction d’un parti laissé en lambeaux par François Hollande, s’agace des nombreuses sorties médiatiques du député de l’Essonne.  

Avec Martine Aubry, les relations ont souvent été tendues.

Avec Martine Aubry, les relations ont souvent été tendues.

REUTERS/Denis Charlet/Pool

« Il n’y a pas un jour, mon cher Manuel, où tu n’expliques aux médias que notre parti est en crise profonde, qu’il va disparaître, et qu’il ne mérite pas de se redresser. Paradoxalement, tu t’appuies sur nos règles collectives pour appeler à l’insurrection militante », écrit-elle notamment, avant d’inviter Valls à envisager son propre départ: « Tu dois cesser ces propos publics et apporter en notre sein tes idées et ton engagement. Si les propos que tu exprimes reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti socialiste ».  

Changer le nom du parti, l’idée fixe de Valls

Il faut dire que le maire d’Evry a une manière bien à lui de montrer son attachement à sa famille politique, en s’attaquant régulièrement à la dénomination du parti. En 2014, celui qui était alors un tout récent Premier ministre se dit favorable dans un entretien à l’Obs à un changement de nom du PS. Allant plus loin, il propose de « bâtir une maison commune, (…) de toutes les forces progressistes ». 

Mais comme le relève Le Huffington Post, cette sortie tapageuse n’était en rien une première pour Valls. Dès 2007, il s’était prononcé pour « un processus de refondation qui peut même amener à un changement du PS ». Un an plus tard, en 2008, dans un livre d’entretien, c’est même au mot socialiste qu’il s’attaque. « Parti socialiste, c’est daté, écrit-il alors. Ça ne signifie plus rien. Le socialisme ça a été une merveilleuse idée, une splendide utopie. Mais c’était une utopie inventée contre le capitalisme du 19e siècle ».  

Valls, le briseur de tabous

Au delà de la question du nom, Manuel Valls a longtemps joué le rôle du briseur de tabou au sein du parti, quitte à longtemps incarner un peu seul l’aile droite du PS. TVA sociale, 35 heures, il n’a de cesse de s’attaquer aux totems idéologiques de la gauche, notamment lors de sa candidature à la primaire de la gauche de 2011, à l’occasion de laquelle il obtiendra 5,63% des voix. Comme le rappelle Le Figaro, il proposait alors d’augmenter « de deux ou de trois heures la durée légale du travail et donc le salaire d’autant ».  

Devenu ministre de l’Intérieur de François Hollande, il est régulièrement la cible de la gauche du parti ou des écologistes, notamment pour ses propos sur les roms qui ne « veulent pas s’intégrer », ou en assumant sa volonté de tourner le dos à la promesse du droit de vote des étrangers. 

Valls, Hamon, et les deux gauches irréconciliables

La violente campagne qui l’a opposé à Benoit Hamon lors de l’entre deux tours de la primaire de gauche ne laissait que peu de place au doute. Le 29 mars, Manuel Valls annonce au micro de BFM TV son intention de soutenir Emmanuel Macron, alors même qu’il s’était engagé à soutenir le vainqueur de la primaire avant d’y concourir. Une décision dénoncée comme un « manquement à la parole donnée » par Benoit Hamon.  

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Favori du scrutin, Valls n’avait vraisemblablement pas vu venir l’ascension fulgurante de son ancien ministre de l’Education. En retard en voix au soir du premier tour, il décide alors de mener une campagne de second tour très offensive, en attaquant notamment son concurrent sur sa supposée complaisance envers le communautarisme.  

Pour justifier son choix de soutenir Macron, Valls dénonce également la stratégie de Benoit Hamon, qui « mène à la marginalisation de la gauche de gouvernement ». Un choix dans la lignée de son constat, effectué dès 2016, de l’existence de « deux gauches irréconciliables ». Il opposait alors la gauche de gouvernement à la gauche radicale, y incluant les députés socialistes frondeurs.  

« Ce Parti socialiste est mort »

Alors en campagne pour sa réélection en Essonne, Manuel Valls annonce le 9 mai sur RTL sa volonté de se présenter aux législatives sous l’étiquette de la majorité présidentielle. Cette possibilité lui est refusée par l’appareil d’Emmanuel Macron mais il sera épargné par LREM qui ne lui oppose pas de candidat. Au passage, il en remet une couche, sur ses anciens camarades. « Ce parti socialiste est mort, il est derrière nous, pas son histoire et ses valeurs, mais il doit se dépasser ».  

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Si le parti socialiste n’est toujours pas mort, sa relation conflictuelle avec Manuel Valls n’aura donc mis que quelques semaines à prendre fin. 

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