Les Amérindiens règlent leur compte à deux artistes américains

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Dans un prestigieux musée de Minneapolis, deux expositions ont déchaîné la colère des communautés amérindiennes. En cause, la mise en avant par des artistes de leur histoire et de leur identité, sans leur accord.

Le Monde
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Accusé de « fraude ethnique », l’artiste américain Jimmie Durham ne peut plus se revendiquer d’origine cherokee. Ici, son œuvre Tlunh Datsi (1985).

Pas de chance pour le Walker Art Center de Minneapolis. En un mois, ce prestigieux musée a fait l’objet de deux polémiques. Sous la pression des communautés amérindiennes, l’artiste californien Sam Durant a dû retirer fin mai une installation rappelant l’exécution par pendaison de 38 Indiens du Dakota en 1862.

Depuis le 23 juin, une autre controverse frappe l’exposition « Jimmie Durham : at the Center of the World », organisée jusqu’au 8 octobre. Cet immense créateur, qui vit depuis plus de vingt ans en Europe, a milité pour la cause indigène de 1973 à 1980. Ses premières œuvres empruntent à l’imagerie cherokee, une tribu dont il n’a toutefois jamais demandé la citoyenneté. Le lieu de naissance de Jimmie Durham est lui-même flou. Est-il né dans le Nevada, comme l’écrit l’historienne Lucy Lippard en 1993 dans la revue Art in America ? Ou dans l’Arkansas, comme l’a rapporté en janvier la critique d’art Jennifer Piejko dans la revue Flash Art ?

« Personne ne s’en prend à Leon Polk Smith ou à Robert Rauschenberg, qui revendiquent une filiation cherokee, car aucun d’eux n’a lancé sa carrière comme artiste indien américain. » America Meredith, artiste cherokee

Interrogée par le site Hyperallergic, une généalogiste cherokee qui a mené son enquête déclare avoir trouvé sa trace à Harris, au Texas. Il n’en faut pas plus pour que certains artistes et universitaires crient à la « fraude ethnique ». « OK, Jimmie Durham a fait partie de l’American Indian Movement, mais Marlon Brando aussi », écrit l’artiste cherokee America Meredith, dans une tribune publiée le 7 juillet par le site Artnet. Et d’ajouter : « Personne ne s’en prend à Leon Polk Smith ou Robert Rauschenberg, qui revendiquent une filiation cherokee, car aucun d’eux n’a lancé sa carrière comme artiste indien américain. Aucun ne s’est positionné comme le porte-parole de ces peuples. » Pour calmer le jeu, le Walker Art Center a désormais accroché à l’entrée de l’exposition ce petit cartel : « Bien que Jimmie Durham s’identifie comme Cherokee, il n’est reconnu par aucune des trois nations cherokee qui, comme nations souveraines, déterminent leurs règles de citoyenneté. Nous reconnaissons l’existence d’artistes cherokee et d’universitaires qui rejettent la filiation cherokee que revendique Durham. »

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