les accusations fracassantes d’un mercenaire contre William Bourdon

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Simon Mann a prétendu devant la cour que l’avocat, à l’époque président de l’ONG Sherpa, avait tenté de renverser le régime de Malabo en 2011.

Le Monde.fr avec AFP


Le premier procès des « biens mal acquis » par des chefs d’Etat africains et leurs proches, celui du fils aîné du président de Guinée équatoriale Teodorin Obiang, a été troublé, lundi 26 juin, par la mise en cause d’un avocat des parties civiles par l’ex-mercenaire Simon Mann.

Teodorin Obiang, vice-président de Guinée équatoriale, est jugé pour « blanchiment d’abus de biens sociaux, détournement de fonds publics, abus de confiance et corruption ».

Il encourt jusqu’à dix ans de prison et au moins 50 millions d’euros d’amende, soit la moitié de ses biens saisis en France.

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Cette quatrième audience était consacrée à l’audition des témoins, dont six pour les parties civiles : un collectif de 19 associations et mouvements d’opposition au régime de Malabo, la Coalition restauration de l’Etat démocratique (Cored) et l’ONG Transparency International France.

Fidèle à sa stratégie visant à présenter ce procès comme une tentative de déstabilisation du régime Obiang, la défense n’a cité que Simon Mann, ex-officier britannique de nationalité sud-africaine devenu mercenaire, âgé de 65 ans, qui se présente comme un « retraité ».

Il a été condamné en 2008 à Malabo à trente-deux ans de prison pour une tentative de coup d’Etat avortée contre Teodoro Obiang, le père de l’accusé. Ses commanditaires présumés étaient alors un opposant équato-guinéen en exil, Severo Moto, et un homme d’affaires d’origine libanaise, Ely Calil.

Gracié en 2009, il s’est mis depuis au service du chef de l’Etat équato-guinéen.

Coup d’Etat

Lundi, il a déclaré avoir averti en 2011 le président Obiang que Severo Moto et Ely Calil préparaient une nouvelle tentative de coup d’Etat avec le milliardaire George Soros et William Bourdon, qui présidait alors l’organisation de défense des droits humains Sherpa et est aujourd’hui l’un des avocats de Transparency International.

Simon Mann a précisé que les options envisagées pouvaient aussi bien être légales que militaires, qu’il s’agissait de choses qu’il avait « apprises » dans le cadre de ses activités, mais qu’il n’en avait pas la preuve.

Il a en revanche ajouté que Teodoro Obiang lui avait alors montré un mail de 2007 émanant du bureau d’Ely Calil et adressé à William Bourdon, contenant « des détails concernant le comportement de Teodorin Obiang ». Mail dont Emmanuel Marsigny, l’un des avocats de l’accusé, a remis une copie au tribunal.

« J’aurais aimé demander au président de Sherpa en 2007 si, oui ou non, il connaissait Ely Calil », a déclaré Emmanuel Marsigny.

William Bourdon a dénoncé un « procédé infâme » et « immonde », a menacé de saisir le Conseil de l’ordre des avocats et annoncé que « toute voie de droit serait utilisée » contre ce qu’il a aussi qualifié de « paroxysme de la salissure ».

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Deux autres incidents ont émaillé cette audience. Un ami de Simon Mann, militaire à la retraite, a été exclu du tribunal après avoir été surpris photographiant un témoin avec son téléphone portable, ce qui est interdit.

Le même a encore été exclu, cette fois définitivement, pour avoir bruyamment ricané après un affrontement verbal entre William Bourdon et Emmanuel Marsigny.

Simon Mann a expliqué à Reuters qu’il était venu témoigner à la demande de « connaissances à Malabo ». Il a assuré à la cour que le régime équato-guinéen lui remboursait « juste les frais ».

Le volet Sassou-Nguesso

Au-delà du cas équato-guinéen, l’enquête sur les « biens mal acquis » vise notamment les familles d’Ali Bongo (Gabon) et Denis Sassou-Nguesso (Congo-Brazzaville), qui possèdent respectivement à Paris 39 et 24 propriétés immobilières de luxe, et environ 200 comptes bancaires au total, selon la police.

La fille et le gendre de Denis Sassou-Nguesso, Julienne Sassou-Nguesso et Guy Johnson, ont été mis en examen le 20 juin pour « blanchiment de fonds publics ». C’est la troisième mise en examen dans ce volet, après celle du neveu du président congolais, Wilfrid Nguesso.

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« Ces mises en examen illustrent une accélération du dossier », a déclaré à Reuters William Bourdon. « Il y aura un procès. » Il n’y a, en revanche, toujours pas de mise en examen dans le volet gabonais, beaucoup plus compliqué, dans lequel deux ensembles immobiliers ont cependant été récemment saisis à Nice, dit-on de source judiciaire.



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