Le date réussi de Thomas : « On se voit au bar, mais interdiction de se parler »

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Cette semaine, on vous raconte l’histoire d’un rencard lumineux .

De ces histoires qui vous font sourire bêtement parce « c’est trop mignon ».

Voilà et comme d’habitude, si vous avez vous-même vécu un date bien moisi ou réussi (mais original), écrivez-nous (rgreusard@rue89.com). Nous nous ferons une joie d’exorciser ou d’immortaliser tout cela dans nos colonnes.

Qui ?

Thomas, analyste financier, 26 ans à l’époque (c’est lui qui raconte)

Paul, consultant, 24 ans à l’époque

Avant

C’était y a neuf ans, avant l’essor des applications de géolocalisation donc. Je n’avais eu dans ma vie qu’une histoire sérieuse qui avait duré trois mois.

J’étais arrivé à Paris depuis deux ans et au début je pensais que j’allais rencontrer du monde facilement et par hasard. Je ne voulais pas aller sur les sites de rencontres, parce qu’à l’époque, c’était un peu plus mal vu.

Mais une copine avait fini par me convaincre d’y aller en me disant que c’était toujours mieux que de rester chez moi à ne rien faire. Je fréquentais donc des sites occasionnellement depuis deux ans quand j’ai rencontré Paul.

Avant lui, j’avais rencontré un type sur un site (gaydar si mes souvenirs sont bons) et ça n’avait rien donné de sérieux, à mon grand regret. Il n’avait plus donné suite assez brutalement. J’avais morflé plus que prévu.  

Le « match » 

J’héberge une cousine qui doit se lever tôt le lendemain. Résultat, je suis coincé dans la chambre de mon appartement, un vendredi soir.

Je surfe pour passer le temps sur un site de rencontres et je tombe sur le profil de Paul. Il a écrit quelques jolies lignes de présentation, ce qui est assez inhabituel pour ce genre de sites.

En général, les gens parlent de leur taille, de leur poids et de leur âge.

Il est aussi très mignon sur sa photo de profil… C’est une photo où il a l’air d’un premier communiant, il a l’air très sage.

De mon côté, j’ai mis une photo de moi hasardeuse, un gros plan de ma tête. Plus tard, il m’avouera :

« Je me suis dit qu’une personne avec une photo aussi affreuse ne pouvait pas être bien méchante. »

On passe un moment à chatter. Ça dure bien deux ou trois heures. Puis on passe sur MSN pour que la conversation soit plus fluide. Ça part un peu dans tous les sens. On parle beaucoup de musique et de variété française. Je le trouve très vite très brillant, drôle, avec des centres d’intérêt très divers. 

Il est très pointilleux sur l’orthographe, avec un souci de la ponctuation.
En général on tape assez vite. Mais lui n’oublie pas de mettre des majuscules en début de phrase et un point à la fin. C’est inattendu et charmant (j’aime bien lire et écrire).

Encore échaudé par ma précédente expérience, en fin de soirée, je lui demande s’il serait d’accord pour qu’on se rencontre sans tarder.

Je le demande d’autant plus que j’ai eu quelques expériences de chats qui s’éternisent et qui ne donnent rien à la fin. Et plus on attend, plus ce qu’on projette sur la personne est vite contredit par la réalité

Problème. Lui, très dans l’écrit, est plutôt du genre à passer du temps en conversations virtuelles avant d’éventuellement convenir d’un date. Je crois qu’avant moi, il a même « rencontré » des personnes en ligne avec qui il n’a jamais rien fait d’autre que de parler virtuellement. Sans que ça ne lui pose de problème.

Une sorte de négociation commence. Il me dit :

« Ce serait cool qu’on se reparle encore une soirée ou deux avant de se rencontrer. »

Je lui réponds :

« Je suis en vacances la semaine prochaine, ce serait plus pratique pour moi de se voir cette semaine… »

Je n’ai pas beaucoup à batailler finalement. Il me propose un compromis. On se rencontre, mais interdiction de se parler : tout se passera par écrit.

Je lui demande :

« Mais on se parlera par geste ? »

Il répond :

« Non par écrit. »

Je lui demande :

« Mais même pour se dire bonjour ? »

Il répond :

« Oui. »

Je trouve ça marrant. Je me dis que c’est juste un moyen de faire un chat, mais en face en face.

Le date

Le rendez-vous est fixé dans un bar du 11e arrondissement. Je lui demande comment je le reconnaîtrai, il me répond :

« Facile, j’aurai un pingouin, Benj, autour du cou… »

On n’échange pas de photos supplémentaires que celles sur le site et vient le jour du rendez-vous.

J’arrive à l’adresse. C’est un bar qu’il a choisi. A mi-chemin de nos deux quartiers. Il a effectivement une sorte de mascotte en cuir représentant un pingouin accroché à un lien autour du cou. Je le trouve tout de suite très séduisant (Paul, pas le pingouin).

On s’installe, sans un mot, sur une table au fond du bar. Il a prévu des feuilles et des stylos qu’il pose sur la table. On commence notre date en griffonnant des mots que l’on s’échange. Il écrit en bleu turquoise, j’écris en noir.

« Tu fais ça souvent ? »

Une serveuse se pointe pour prendre notre commande. Elle est évidemment persuadée que nous sommes deux personnes muettes. On lui passe la commande sur un morceau de feuille.

La soirée se poursuit en mode épistolaire.

« Tu joues tu d’un instrument ? Tu as des doigts longs et fins. »
« J’ai fait pas mal de piano en effet. »

 

On en vient même à mener deux conversations en parallèle, chacun écrivant en même temps.

Je trouve ça marrant. Assez vite je rentre dans le truc. Il y a quelque chose de confortable à cet échange parce que je ne guette pas les signes de l’autre. Et puis ce dispositif amène du romantisme dans une rencontre qui d’ordinaire laisse peu de place au hasard.

Par ailleurs, on se trouve pas mal de points communs. Je suis amusé par la tournure de la soirée, par l’originalité et le charme de Paul, mais, de nature méfiante, je ne peux m’empêcher de me demander si ce date sans paroles n’est pas un moyen pour lui de cacher quelque chose d’affreux, comme une voix suraiguë…

Seule concession aux conditions qu’il a imposées : on aura le droit de se dire un mot lorsque nous nous quitterons.

Arrivés à la station République, quand je quitte le métro il m’adresse un gentil « Au revoir » qui me rassure sur sa tessiture.

Il a une voix normale.

Je dis « au revoir » aussi.

Je suis sous le charme.

Après

On s’est revus quelques jours plus tard, pour un date classique : cinéma et verre. On a dû attendre encore quelques jours avant d’échanger un premier baiser. Et on est vite tombés amoureux.

Aujourd’hui, nous sommes ensemble depuis un peu plus de neuf ans, nous avons un chat et des envies d’expatriation.

Mon avis sur les applis

La donne était sans doute différente avec les sites internet qui imposaient de s’installer à son ordinateur et de prendre le temps de créer un début d’échange. L’arrivée et le développement des applications avec géolocalisation ont sans doute changé le paysage.

Mais je crois que les applis restent un bon moyen de trouver un peu de tout. Il faut simplement démythifier les choses et ne pas s’investir trop longtemps dans une relation virtuelle avant de rencontrer la personne « in real life ».



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