L’allaitement peut-il remplacer les vaccins chez les nouveau-nés ?

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Les Décodeurs continuent de répondre à vos questions sur les vaccins. Aujourd’hui : l’allaitement peut-il dispenser un bébé de vaccins ?

VOTRE QUESTION

Plusieurs lecteurs nous ont interrogés sur les possibles bienfaits de l’allaitement dans la protection des nouveau-nés contre les maladies, qui pourrait dispenser ceux-ci de la vaccination.

Cet argument a en effet été développé ces derniers temps par plusieurs opposants à la vaccination obligatoire, comme l’eurodéputée Michèle Rivasi. « On sait très bien que si une femme allaite son enfant, elle lui transmet les anticorps », déclarait ainsi l’écologiste sur France Info, lundi 24 juillet, au sujet de la rougeole.

Le professeur Henri Joyeux (radié de l’Ordre des médecins en 2016, radiation suspendue depuis par l’appel déposé après cette décision) ne disait pas autre chose dans une interview au site info-tours.fr le 22 juillet : « Je suis favorable aux vaccins, le meilleur pour un nourrisson est l’allaitement maternel qu’il faut valoriser et qui permet de reculer les vaccinations abusives. » Sur son site, ce dernier assure même que les vaccins obligatoires contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite peuvent « attendre les 2 ans de l’enfant en bonne santé » s’il est allaité.

De même, on trouve, sur des sites comme alterinfo.net (une référence qui nous apparaît peu fiable dans le Décodex), des argumentaires du même type sous des titres comme : « Oubliez les vaccins, l’allaitement maternel renforce le système immunitaire du nourrisson ! »

NOTRE RÉPONSE : C’EST FAUX

1. L’allaitement a des effets positifs sur la santé, mais pas contre toutes les pathologies

D’une manière générale, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) reconnaît les effets positifs de l’allaitement sur la santé des nouveau-nés, s’appuyant sur la littérature scientifique sur la question. Elle estime ainsi que sa généralisation pourrait permettre de sauver 800 000 vies chaque année, notamment en luttant contre les diarrhées et les pathologies respiratoires, particulièrement dans les pays en voie de développement. Curieusement, les discours antivaccinations utilisent régulièrement la position de l’OMS en faveur de l’allaitement dans leurs argumentaires, alors que cette même OMS estime également que la vaccination permet d’éviter deux à trois millions de décès par ans.

Mais contrairement à ce que des discours caricaturaux laissent entendre, l’immunité transmise de la mère à l’enfant ne protège pas de la même manière contre toutes les maladies. Ces mécanismes supposent déjà que la mère soit suffisamment immunisée contre les pathologies concernées. Il faut également distinguer les deux modes de transmission possibles : par la voie placentaire et par l’allaitement. L’immunité acquise par la première ne protège le nourrisson qu’au cours des premiers mois de vie tandis que la seconde n’est pas pérenne non plus. Impossible, donc, de tenir un raisonnement général sur le sujet.

2. L’allaitement ne protège pas vraiment plus contre la diphtérie, le tétanos et la polio

Ces données ont été prises en compte dans l’élaboration du calendrier vaccinal officiel, ce qui explique d’ailleurs les subtilités de celui-ci. Par exemple, les vaccins obligatoires (diphtérie, tétanos et poliomyélite) à deux mois concernent des pathologies pour lesquelles l’immunité conférée par voie placentaire est satisfaisante à la naissance mais baisse rapidement, tandis que celle conférée par allaitement est très faible, voire inexistante. Prolonger l’allaitement ne protège donc pas significativement contre ces trois maladies. C’est pourquoi les recommandations officielles préconisent la vaccination même en cas d’allaitement.

La coqueluche, contre laquelle la vaccination est recommandée à deux mois également, est quant à elle une maladie contre laquelle l’immunité liée à la production d’anticorps n’est pas durable. L’immunité cellulaire prend ensuite le relais chez les populations vaccinées, mais celle-ci ne se transmet pas de la mère à l’enfant. Les nouveau-nés y sont donc plus exposés, ce qui a conduit à fixer un calendrier de vaccination précoce là aussi.

3. Il ne protège pas non plus contre la rougeole

Le cas de la rougeole, des oreillons et de la rubéole, ciblés par le vaccin ROR, dont la première injection a été fixée à 12 mois, est plus complexe. Les nourrissons ne sont protégés que pendant leurs premiers mois d’existence contre la maladie par l’immunité héritée de leur mère. Mais contrairement au FTP, qui est un vaccin inactivé (il contient des agents infectieux morts, mais qui stimulent l’immunité), le ROR est un vaccin vivant atténué (il contient un agent infectieux vivant, mais très bénin). En conséquence, une vaccination trop précoce à ce dernier pourrait être moins efficace à cause des restes de défenses maternelles, explique le site info-rougeole.fr édité par Santé publique France :

« La vaccination ROR (rougeole, oreillons et rubéole) avant l’âge de 12 mois n’entraîne pas plus d’effets indésirables que la vaccination à 12 mois. Elle peut par contre être moins efficace car, entre 6 et 11 mois, une minorité d’enfants a encore des anticorps maternels qui peuvent neutraliser le vaccin. C’est pourquoi la vaccination ROR des enfants de moins de 12 mois n’est plus recommandée en routine, y compris pour les enfants vivant en collectivité. »

Contrairement à ce qu’affirme Michèle Rivasi, en revanche, les supposés avantages de l’allaitement dans la protection des nouveau-nés contre la rougeole restent à démontrer. Une étude publiée en 2010 dans le British Medical Journal a conclu que l’allaitement, tout comme le genre, le fait d’être prématuré ou non, le niveau d’éducation ou encore le poids n’avaient pas d’incidence sur l’immunité héritée face à la rougeole.



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