La révolution des bikinis est-elle en marche?

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Des Algériennes se rendent à la plage en bikini pour lutter pour le moralisme religieux

Des Algériennes se rendent à la plage en bikini pour lutter pour le moralisme religieux — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Elles étaient 50 au début, elles sont aujourd’hui 3.600. Depuis le 5 juillet, des dizaines de femmes d’Annaba, au nord de l’Algérie, se rendent en groupe à la plage de Seraidi, à quelques kilomètres de la ville. L’objectif ? Revêtir son plus beau bikini pour affronter, ensemble et unies, le harcèlement sexuel et moral qui sévit dans un pays empreint de conservatisme culturel et
religieux.

A la base de ces actions, une femme, connue sous le pseudonyme de Sara. Dans une unique interview accordée au Provincial, elle raconte les débuts du mouvement. Tout a commencé par une sortie familiale à la plage, fin juin. Par peur des agressions verbales ou physiques, la jeune femme de 27 ans confesse avoir préféré garder ses vêtements. En rentrant chez elle, elle crée un groupe Facebook secret destiné à organiser des sorties
maillots de bain en groupe, et y invite des membres de sa famille.

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« Changer la société profondément et en douceur »

De fil en aiguille, le groupe s’est enrichi et de nombreuses habitantes d’Annaba ont rejoint les rangs des « bikinistes ». Trois sorties ont déjà eu lieu, qui ressemblent toujours plus de participantes. Elles sont à présent 3.600 à fouler le sable de la plage de Seraidi. « Le but n’est pas de faire du bruit et encore moins de faire le buzz », déclare Sara, « mais de changer la société profondément et en douceur. Ceci ne pourra se faire qu’en habituant des milliers de voyeurs à ce qu’ils considèrent encore comme étant interdit. » La prochaine sortie est prévue samedi.

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Pour Rym, une Bônoise de 25 ans contactée par 20 Minutes, ces actions relèvent de l’évidence. Invitée à rejoindre le mouvement dès les débuts du groupe Facebook, cette « féministe par nature » entend bien « secouer les idées et affirmer notre liberté ». Les regards « plus qu’insistants et les sourires malicieux », elle n’en peut plus.

Cela « ne devrait pas être un exploit »

La jeune femme raconte un processus de « traditionalisation de la plage » où l’on voit « chaque année plus de voiles que de bikinis », au point que les baigneuses en maillot se sentent « prises pour cible ». Or, « la culture arabo-musulmane ne devrait pas être un prétexte pour piétiner la liberté des gens », martèle-t-elle avant de rappeler que la femme algérienne « n’est plus ce qu’elle était dans le passé ». « On est instruites, on travaille, on voyage »…

Alors pourquoi le simple fait d’enfiler un bikini s’est-il transformé en revendication progressiste ? Cela « ne devrait pas être un exploit et encore moins choquer », tranche Sara dans le Provincial.

Je me baigne avec mon hijab, je laisse la nudité aux animaux

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Si Rym défend ses idées avec opiniâtreté, elle confie cependant sa peur des représailles. Ces derniers mois, de nombreuses pages destinées à défendre une certaine vision du respect de la religion ont fleuri sur Facebook et Twitter, apportant leur lot de commentaires peu amènes sur les femmes non-voilées.

« Je me baigne avec mon hijab, je laisse la nudité aux animaux », « Nul besoin d’être dans le péché [en maillot de bain] pour passer du bon temps », lit-on sur Annaba Dz et Rak Fi Annaba. Pire, certains internautes derrière leur écran incitent à photographier les femmes en bikini, souvent à leur insu et contre leur gré. Une tentative de jeter le discrédit sur les femmes en maillots et de moraliser la plage… au détriment de tout respect de la vie privée.



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