«La guerre avec Trump a revitalisé les médias»

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La une de journaux britanniques après l'investiture de Donald Trump, le 21 janvier 2017.

La une de journaux britanniques après l’investiture de Donald Trump, le 21 janvier 2017. — D.SORABJI/AFP

Il a qualifié la presse « d’ennemi du peuple ». Attaqué personnellement des journalistes. Réduit CNN et le New York Times à des « Fake News ». La croisade du candidat Trump contre les médias a redoublé d’intensité depuis qu’il a pris ses fonctions à la Maison Blanche, il y a six mois. Mais même s’il juge cette guerre « inquiétante », Larry Atkins, professeur de journalisme à Temple University et auteur du livre Biaisé : Un guide critique sur le parti pris des médias, estime qu’elle a boosté les audiences et relancé le journalisme d’investigation.

Attaquer la presse n’est pas nouveau. Trump va-t-il plus loin que ses prédécesseurs ?

Chaque président s’estime victime de critiques injustes, et les républicains ont souvent attaqué les médias. Mais Donald Trump est passé à un autre niveau en s’en prenant systématiquement à leur crédibilité afin que ses supporteurs remettent en doute tout article négatif le concernant. Ses attaques personnelles et vindicatives sont sans doute les pires qu’on ait vues depuis Nixon, qui avait autorisé la mise sur écoute de journalistes.

Nous n’en sommes pas là…

Non, mais la situation est inquiétante. Par le passé, il s’est dit favorable à une refonte des lois sur la diffamation, pour qu’il soit plus facile de poursuivre les médias en justice. Heureusement, seule la Cour suprême peut le faire. Certaines organisations ont été exclues de briefings de la Maison Blanche, et depuis plusieurs semaines, les caméras y sont interdites. Voir une conférence de presse télévisée en direct est pourtant le meilleur moyen pour le public de déterminer si le porte-parole de la Maison Blanche est honnête ou cherche à éviter de répondre aux questions. Il est également troublant que Donald Trump n’ait tenu qu’une seule conférence de presse en six mois [en solo devant les correspondants à la Maison Blanche]. C’est là que les journalistes peuvent poser des questions difficiles à un président et insister pour obtenir des réponses.

Cette guerre avec Trump semble profiter aux médias, avec des audiences et des tarifs publicitaires en hausse. Sont-ils les meilleurs ennemis du monde ?

Les audiences télévisées et la circulation des journaux augmentent en effet. Et Donald Trump a revitalisé la passion pour le journalisme d’investigation – le New York Times et le Washington Post, notamment, enchaînent les scoops sur l’administration Trump semaine après semaine. Mais même s’il est bon pour leur business, il n’y a pas forcément d’hypocrisie de la part des médias quand ils critiquent la façon dont le président les traite, notamment quand il les déclare « ennemis du peuple ».

Face à cette ultra-polarisation, y a-t-il encore une place pour l’objectivité et le fact-checking à l’ère des faits alternatifs ?

Il y a absolument besoin de fact-checking, surtout dans les grands médias. Ils essaient en général d’être neutres dans cet exercice, ce qui est une bonne chose. Mais tous les politiques doivent être logés à la même enseigne, à droite comme à gauche.



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