La femme du Premier ministre japonais a-t-elle vraiment snobé Trump?

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Les couples Abe et Trump, le 12 février 2017 à Palm Beach (Floride).

Les couples Abe et Trump, le 12 février 2017 à Palm Beach (Floride). — Kentaro Aoyama/AP/SIPA

La scène, rapportée par Donald Trump lui-même, a fait jubiler bien des internautes, des deux côtés de l’Atlantique. Akie Abe, l’épouse du Premier ministre japonais, assise lors d’un dîner à côté du président américain, aurait prétendu ne pas parler un traître mot d’anglais, « pas même « hello » », aux dires du milliardaire. Un discours prononcé par la femme du responsable nippon dans la langue de Shakespeare, qui circule sur la Toile, venait directement contredire cette affirmation, ne pouvant signifier qu’une chose : Akie Abe avait voulu snober le milliardaire. Mais ce n’est peut-être pas aussi simple.

Que s’est-il passé ?

L’affaire remonte au dîner du G20 à Hambourg début juillet, où l’épouse de Shinzo Abe se retrouve assise aux côtés du président américain. Dans une interview publiée par le New York Times mercredi, Donald Trump rapporte cette anecdote :

« Trump : Donc j’étais à côté de la femme du premier ministre Abe, qui je pense est un type génial, et elle, est une femme géniale, mais elle ne parle pas anglais.

Haberman [le journaliste] : Pas du tout, c’est ça ? Zéro ?

Trump : Même pas « hello ».

Haberman : Ça doit être un placement étrange.

Trump : C’est dur parce que vous savez, vous rester assis là pendant..

Haberman : Des heures.

Trump : Le dîner a duré environ 1h45. »

Plusieurs journalistes ont souligné, vidéo à l’appui qu’Akie Abe avait prononcé un discours de 15 minutes en anglais en 2014, lors d’un symposium à New York :

 

Akie Abe parle-t-elle vraiment anglais ?

L’affaire paraissait entendue : la Première dame japonaise, tout à fait capable de s’exprimer en anglais, ne voulait pas parler au président américain. Rapidement, le niveau d’anglais d’Akie Abe a agité les journalistes et diplomates japonais basés dans la capitale américaine, comme le rapporte le Washington Post. Même si personne n’est, apparemment, capable d’évaluer précisément son anglais, il est certain que son niveau n’est pas « zéro », Akie Abe ayant travaillé chez Dentsu, la plus grande agence publicitaire japonaise.

Mais le discours en anglais de la vidéo ci-dessus est très clairement lu par la Première dame, qui bute sur certains mots. D’ailleurs, personne ne se souvient qu’elle se soit jamais exprimée sans l’aide d’un interprète lors de ses voyages aux Etats-Unis. Lors de la visite d’une école en 2015 avec Michelle Obama, elle s’était ainsi adressée aux élèves en japonais. De même lors de deux autres sommets en 2014 et 2015.

La BBC et le Washington Post signalent au passage qu’elle a, par le passé, répondu en japonais à leurs interviews, refusant de s’exprimer sans interprète. Lors du fameux dîner avec Donald Trump, un traducteur se trouvait d’ailleurs près d’elle, confirme la diplomatie japonaise au Japan Times.

Une simple prudence ?

Le ministère japonais des Affaires étrangères, sollicité par la BBC, n’a pas souhaité s’exprimer sur cette conversation « d’ordre privé », relevant seulement que Trump avait qualifié Akie Abe de « femme géniale ». Parfaitement capable de dire « hello », pourquoi a-t-elle donné l’impression du contraire au locataire de la Maison-Blanche ? Il pourrait s’agir, tout simplement, d’une attitude de réserve, estiment des experts en diplomatie. Lors de tels événements internationaux, la tendance est en effet à la prudence, de crainte qu’une parole, prononcée dans une langue étrangère, soit mal interprétée. On l’a vu, ce peut aussi être le cas d’un silence.



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