La Corée du Nord, un pays «hype» ? On a tenté de caler des vacances à l’arrache pour le vérifier…


Dans cet hôtel, ce sont les leaders Kim Jong-un et Kim Jong-Il qui accueillent les touristes.

Dans cet hôtel, ce sont les leaders Kim Jong-un et Kim Jong-Il qui accueillent les touristes. — Wong Maye-E/AP/SIPA

  • Les relations avec la Corée du Nord sont tendues depuis janvier.
  • Mais les médias assurent que la Corée du Nord est devenue hype.
  • On a tenté de savoir s’il était possible de s’y rendre sur un coup de tête.

A la base, le projet c’était l’Afrique. Mais, en dépit de cinq allers-retours à l’ambassade, le petit pays choisi pour les vacances rechigne encore à délivrer les visas. Le départ étant prévu dans dix jours, il est plus que temps de réfléchir à un plan alternatif.

Atavisme local oblige, j’ai d’abord pensé à Bray-Dunes (Hauts-de-France). Son
camping du Perroquet qui n’a jamais vu la couleur d’un
Ara… Ses 3 kilomètres de plage à se fader pour avoir de l’eau jusqu’aux chevilles… Et ses frites dont l’huile dégouline du cornet. Engourdi par la chaleur, j’ai même l’impression que leur odeur me chatouille déjà les narines quand mon chef de service me sort de la torpeur. « Tu peux te renseigner sur la
Corée du Nord ? Il y a une vraie hype du tourisme a priori… »

Mais pourquoi pas ? Pourquoi pas préférer la mer Jaune à la mer du Nord ? Les bâtiments tout en finesse de Pyongyang aux blockhaus de la Côte d’Opale ? D’autant que France TV l’assure : « La Corée du Nord est à la mode ! »
Le Monde précise que Kim Jong-un compte s’inspirer de l’Espagne pour construire des complexes hôteliers gigantesques.
Il vient même de créer un site kitsch à souhait pour attirer les touristes.

Le monument à la Fondation du parti à Pyongyang.
Le monument à la Fondation du parti à Pyongyang. – Ed Jones / AFP

Le grand Satan Google douche nos espoirs

Un comble quand on sait qu’accéder à Internet est quasi impossible dans le « pays le plus fermé du monde ». Tant qu’on le peut, autant chercher de l’info sur le grand Satan qu’est Google. Une première recherche douche nos espoirs. « En raison d’une situation particulièrement tendue (…) nous avons décidé de suspendre provisoirement les ventes sur cette destination », indique l’agence Marco Vasco sur son site.

Certes, le régime n’arrête pas de tester des missiles… Certes, en juin,
un étudiant américain est mort après 18 mois passés dans les geôles nord-coréennes… Certes,
en juillet, le ministère des Affaires étrangères a publié un communiqué « déconseillant » les déplacements sur place. « Même pas peur », serais-je tenté de répondre si mon ordinateur avait plus de conversation.

Une semaine suffit pour obtenir un visa

Direction donc les bureaux de La Maison de la Chine, dans le 8e arrondissement, qui organise des voyages sur place depuis seize ans. « Moi je peux vous parler de la Corée du Sud… C’est ma collègue qui est allée en Corée du Nord. Et elle a a-do-ré ! », attaque une vendeuse. La collègue arrive. Mais elle semble sur la défensive. Comme si Kim Jong-un, lui-même, avait menacé de
la livrer aux chiens si elle disait un mot de travers…

« Nous envoyons entre 10 et 20 Français là-bas chaque année, balbutie-t-elle. Ils sont au courant de la situation sur place. Aucun visa ne nous a jamais été refusé. Cela prend une semaine environ pour l’obtenir. » Pile-poil dans le timing. Je me renseigne sur les attractions locales : « Le mont Paektu et les plages où faire du surf ». Demande le tarif : « Environ 4.200 euros pour une personne seule ».

Je m’y vois déjà quand la question tombe. Cruelle. Implacable. « Mais vous voulez vraiment y aller ? » Devant mes yeux ronds, la vendeuse enchaîne. « Parce que nous ne proposons plus de séjours en Corée du Nord depuis les mises en garde du ministère des Affaires étrangères… » « Caramba, encore raté ! », serais-je tenté de répondre si je voulais aller en Amérique du sud.

« Allô, il est 21h30 à Pyongyang »

Si le problème vient du Quai d’Orsay, autant s’adresser directement à lui. Un tour sur son site suffit pour dénicher le numéro de Jean-François Fitou, directeur du Bureau Français de la coopération en Corée du Nord. Une voix un peu étouffée décroche au bout d’une dizaine de sonneries. « Il est 21h30 à Pyongyang… », m’annonce-t-il.

La vie nocturne nord-coréenne ne doit pas être fo-folle car le directeur prend tout son temps pour me répondre avec beaucoup de gentillesse. « Il y a quelques petites dizaines de Français qui viennent ici chaque année. Cela n’a rien à voir avec les contingents de Britanniques et, étrangement, d’Américains », décrypte-t-il.

Mais est-ce que je peux venir ? « Bien sûr, le ministère n’interdit pas de venir, il déconseille simplement de le faire. Et récemment, nous avons haussé le niveau de cet avertissement. » Voyant que cela ne me décourage pas plus que ça, le diplomate se mue alors en Guide du Routard à sa manière.

« Il faut savoir que c’est un pays pas mal ravagé »

« Après, il faut savoir que c’est un pays pas mal ravagé. Si vous venez, vous serez accompagné en permanence. Vous ne verrez que ce qu’on veut vous montrer. La plupart des touristes viennent ici pour cocher une case dans leur vie. Dire à leurs amis Facebook qu’ils sont allés en Corée du Nord. Mais au niveau du tourisme, c’est assez décevant… »

Finalement, Bray-Dunes, c’est peut-être mieux. Et puis, ce sera l’endroit idéal pour (re) regarder le meilleur documentaire sur Pyongyang jamais produit. L’épisode de l’émission Strip-Tease consacré à une délégation de parlementaires belges envoyés en Corée du Nord. « Le pays de Ubu-roi », résume l’un d’entre eux.



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