La baisse annoncée des aides au logement en octobre suscite des critiques



Les organisations étudiantes ont été les premières à réagir à l’annonce du gouvernement de réduire de cinq euros par mois les aides personnelles au logement.

Cinq euros de moins chaque mois : les aides au logement vont baisser uniformément dès le 1er octobre afin de renflouer les finances de l’Etat, une décision rendue publique samedi 22 juillet qui a provoqué la colère immédiate des étudiants, parmi les bénéficiaires de ces aides, et de responsables politiques et associatifs.

Les aides personnelles au logement, dont les APL (aides personnalisées au logement), subiront « une baisse de 5 euros par mois et par ménage à partir d’octobre suite à l’application d’une réforme d’économie budgétaire décidée sous le quinquennat précédent et pas encore appliquée », a indiqué une responsable du ministère de la cohésion des territoires, chargé entre autres du logement.

Les aides personnelles au logement bénéficient au total à 6,5 millions de ménages français et coûtent 18 milliards d’euros par an au budget de l’État, a précisé la responsable. Versées par la Caisse d’allocation familiale (CAF), elles se décomposent en trois catégories : l’aide personnalisée au logement (APL), qui profite notamment à environ 800 000 étudiants, l’allocation de logement familial (ALF) et l’allocation de logement social (ALS). Une baisse de ces aides de 5 euros par mois et par ménage représenterait une économie mensuelle de 32,5 millions d’euros, soit 97,5 millions sur les trois derniers mois de l’année en cours.

« Une aide vitale »

Les organisations étudiantes ont été les premières à réagir samedi. Le premier syndicat, la FAGE, s’est immédiatement insurgé contre cette réduction de 60 euros par an des APL. « Alors que plus de 60 000 bacheliers sont en détresse, faute d’affectation [dans l’enseignement supérieur], la poursuite d’études se voit aujourd’hui doublement remise en cause », a dénoncé ce syndicat dans un communiqué.

La FAGE a demandé au gouvernement d’Édouard Philippe et au président Emmanuel Macron « de ne pas matraquer le portefeuille des étudiants en revenant sur cette mesure injuste, d’ouvrir une vraie réforme des aides sociales étudiantes et de lancer sans délais le plan de 80 000 logements annoncé dans le programme du président de la République ».

Pour Lilâ Le bas, présidente de l’UNEF, « encore une fois on fait des économies sur le dos des étudiants », qui représentent 40 % des allocataires des APL : « Cette aide est vitale pour avoir un logement autonome, pour avoir simplement les moyens de poursuivre ses études car on le sait bien, la précarité est importante, les bourses insuffisantes. » « Pour nous, c’est évidemment inacceptable », a-t-elle ajouté, interrogée sur BFMTV.

Autre syndicat étudiant, le mouvement PDE (Promotion et défense des étudiants) a également exigé « le retrait d’[une] proposition dangereuse pour la jeunesse » et condamné un « double discours » du gouvernement, qui a promis un gel des frais d’inscription universitaires tout en prenant des mesures d’économies « à contresens » en termes de logement. Or, selon la Fage, un étudiant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté et le logement représente plus de la moitié du budget mensuel d’un étudiant.

« Révoltant » et « très inquiétant »

Des personnalités politiques et associatifs ont également réagi à l’annonce gouvernementale dès samedi. L’ex-candidat à la présidentielle Benoît Hamon juge sur son compte Twitter « révoltant  » « une baisse des APL perçues par les plus modestes et la réduction de l’ISF payé par les plus riches ».

Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du logement, interrogée par France Info, se dit elle « consternée » et accuse le gouvernement de « dire n’importe quoi ». Une baisse de cinq euros n’a jamais été actée pendant le mandat de François Hollande, contrairement à ce qu’annonce Matignon, selon elle. « Il y a eu tout un débat sur les APL, en 2015, qui a abouti à des mesures d’économie dans la loi de finances de 2016 discutée en décembre 2015. Ces mesures visaient surtout à raboter les APL pour les publics qui avaient plus de 30 000 euros de patrimoine et à rappeler que les enfants dont les parents payaient l’ISF n’avaient pas le droit à l’APL. Ces mesures ont été appliquées en juillet et en octobre 2016 », rappelle-t-elle.

De son côté, le délégué général de la Fondation Abbé Pierre Christophe Robert estime « très inquiétant » le signal envoyé par le gouvernement. « Les pauvres et modestes clairement ciblés pour faire des économies ! » écrit-il sur son compte Twitter.

Jeudi, à l’Assemblée nationale, lors du débat d’orientation des finances publiques pour 2018, le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, avait affiché la couleur en annonçant des coupes dans les dépenses pour le logement, la formation professionnelle et dans les aides sociales, où la France dépense « plus que ses voisins sans pour autant améliorer les services publics ». Il avait appelé à un « effort sans précédent » afin de réduire de trois points d’ici à 2022 le poids des dépenses publiques (qui représentaient 56,4 % du PIB en 2016).

« Avec le niveau de dépenses le plus important de tous les pays européens, nous devrions avoir le taux de chômage le plus faible, la croissance la plus forte, la balance commerciale la plus vigoureuse et c’est exactement le contraire », avait renchéri le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, issu du parti Les Républicains comme M. Darmanin.



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