Jean a trouvé un job sur Pôle Emploi. Ça lui a coûté 1.370 euros

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« Je me suis fait avoir comme un bleu ». C’est le constat que tire Jean de sa récente mésaventure avec Pôle Emploi. Malgré son expérience, cet ancien chef d’entreprise de 49 ans n’y a vu que du feu.

En août dernier, alors qu’il est au chômage depuis quatre mois, Jean tombe sur une offre d’emploi plutôt alléchante sur le site de Pôle Emploi : « Recherche collecteur de fonds privés ». Le travail consiste à récupérer les loyers de plusieurs locataires et les transmettre au propriétaire. Il s’agit d’un CDI, Jean postule. Un email n’engage à rien.

« J’avais besoin de cet argent »

Deux jours plus tard, il reçoit une réponse. L’employeur est intéressé par son profil et lui demande des informations supplémentaires. Jean s’exécute mais quand son interlocuteur commence à détailler le poste, le quinqua s’interroge :

« Au téléphone, il m’a expliqué que je devais récolter les chèques auprès de sept locataires, les déposer sur mon compte, conserver 250 euros, puis reverser la somme restante sur son compte. J’ai trouvé ça étrange, mais le salaire s’élevait à environ 1.500 euros net et j’en avais besoin. »

Les jours passent, puis la nouvelle tombe : Jean est l’heureux élu. Un contrat de travail tout beau tout neuf lui sera envoyé d’ici peu par un avocat. En attendant, le nouvel employé reçoit d’ores et déjà sa première mission.

« J’allais recevoir un premier chèque de 1.370 euros d’un locataire. Je devais l’encaisser et reverser 1.120 euros sur un autre compte inconnu, prétendument celui d’un architecte. Mon employeur ne pouvait pas le faire, car il était en Corse auprès de sa mère malade.
J’ai bien reçu le chèque du locataire. Par sécurité, j’ai cherché à le joindre sans y parvenir. Finalement, c’est lui qui m’a contacté pour s’assurer que j’avais bien reçu son courrier. »

A ce moment-là, Jean est plutôt rassuré. Il est en contact téléphonique avec tous ses interlocuteurs et le contrat est en cours.

C’est donc serein qu’il décide de déposer le chèque à sa banque.

Une arnaque à 1.370 euros

« Deux jours plus tard, mon compte en ligne était crédité de 1.370 euros. Pour moi, ça voulait dire que c’était bon. »

Il en informe son employeur qui lui apprend alors que l’argent doit être renvoyé en partie via Western Union, le reste sous forme de coupons PCS. Jean ne se doute de rien pour la simple et bonne raison que l’argent est sur son compte.

Mais deux semaines plus tard, c’est le choc. Contacté par sa banque, il découvre qu’il y a un défaut de signature. Jean vient de se faire arnaquer de 1.370 euros. L’argent apparaissait peut-être sur son compte en ligne, mais il n’était pas encaissé.

Vous ne le saviez peut-être pas, mais il existe un délai de vérification de 60 jours entre le moment du dépôt de chèque et son encaissement définitif. Jean, comme d’autres, l’ignorait.

« Quand ma conseillère me l’a annoncé, je suis tombé des nues. Cet argent, je ne l’avais pas sur mon compte et on me demandait de le rembourser. En attendant, mon compte resterait bloqué. »

Il décide de porter plainte et transmets à la police toutes les informations dont il dispose sur son arnaqueur. Au poste, on lui explique qu’il est le second cette semaine, la précédente victime étant une jeune étudiante. 

« Quand on postule à une offre sur Pôle Emploi, on se dit que c’est sérieux. Il y a nécessairement eu des vérifications. Il faut croire que non. »

A travers les mailles du filet

Une annonce postée sur Pôle Emploi est-elle nécessairement fiable ? Catherine Poux, directrice des services aux entreprises à Pôle Emploi, assure faire son maximum pour éviter ce type d’agissements.

« Profiter de la difficulté et de la vulnérabilité d’un demandeur d’emploi est inacceptable. »

L’organisme multiplie les appels à la vigilance sur son site ou dans le cadre de campagnes de communication. Le second levier d’action consiste à détecter les offres frauduleuses grâce à un système d’algorithme en « amélioration permanente ». Fautes d’orthographe, énoncé de l’annonce… Tout est passé au crible par l’équipe de 4.300 conseillers en charge des contrôles.

Malgré ces deux paliers de sécurité, Catherine Poux reconnait qu’il arrive que des offres passent « entre les mailles du filet ».

« Il faut parfois plusieurs jours pour détecter une offre frauduleuse, mais dès qu’elle est identifiée, nous sommes très réactifs. L’annonce sera retirée dans la journée et les personnes qui ont postulé seront alertés. »

Jean, lui, n’a été contacté par personne.

Les faux comptes entreprise

Au-delà des annonces frauduleuses, la question des faux comptes entreprise est cruciale. En effet, avant de pouvoir poster une annonce sur Pôle Emploi, l’employeur doit se créer un espace entreprise.

Il doit alors fournir son prénom, son nom, son email et ses coordonnées téléphoniques. Un email de vérification est envoyé. Le nouvel inscrit clique sur un lien et se retrouve sur une page où on lui demande d’entrer son numéro de SIRET.

Pour tester la démarche, nous avons créé une fausse adresse email, puis récupéré un numéro de SIRET trouvé sur internet. Cette simple manipulation suffit à obtenir un compte entreprise et donc un accès à l’ensemble de la base de données de Pôle Emploi.

Des milliers de CV à portée de clic, l’arnaqueur n’a plus qu’à envoyer des centaines d’emails en espérant qu’un demandeur d’emploi peu averti tombe dans le piège.

« L’usurpation d’identité est un réel souci. Notre système de vérification a détecté 0,6% de faux compte l’année dernière », signale Catherine Poux.

En 2016, Pôle Emploi a débusqué pas moins de 11.000 fausses offres d’emploi et bloqué 4.800 comptes d’entreprises.

Inondée de fausses offres d’emploi

A peine diplômée, Prune, assistante familiale de 27 ans, a mis son CV sur Pôle Emploi il y a environ deux mois. Et depuis, il circule :

« Tous les jours, je reçois au moins une fausse annonce sur ma boite mail. Je les repère parce qu’il y a des fautes d’orthographe, qu’on me redemande mon nom et mon prénom et que le salaire proposé est souvent plus élevé que ce à quoi je pourrais prétendre. »

Une fausse offre d’emploi reçue par Prune. (Capture d’écran)

Quand Prune a un doute, elle le partage avec ses anciens camarades de promo ou ses parents. Elle procède aussi à quelques vérifications sur Google. 

« Je ne suis jamais tombée dans le piège, mais j’imagine qu’une personne un peu naïve peut se faire avoir. Je trouve ça honteux de s’en prendre aux plus démunis. »

Aujourd’hui, Prune a déjà pris le pli : les propositions d’employeurs qui auraient vu son CV sur Pôle Emploi vont immédiatement dans sa poubelle.

De très bons manipulateurs

Prune n’est pas la seule à recevoir ce type de messages. Serge Maître, président de l’association des usagers des banques, est souvent sollicité.

Des témoignages de victimes, il en reçoit des dizaines par mois.

« Les auteurs de ce type d’arnaques sont de très bons manipulateurs. Ferrer le poisson leur prend des semaines. L’anesthésie se fait en douceur et en confiance. »

Les faux employeurs usent souvent des mêmes méthodes, ils ajustent simplement le scénario en fonction de leur cible.

« Les victimes sont souvent des femmes, relativement jeunes, sans grande qualification. Parfois, ça se limite à ce qu’on appelle du phishing (à savoir récupérer des données personnelles dans le but de perpétrer une usurpation d’identité, ndlr). Pour d’autres, ça tourne à l’escroquerie. »

Serge Maître tient à préciser que la banque a aussi sa part de responsabilité :

« Le crédit est conditionné par la réalité d’un encaissement. Votre banque doit vous le rappeler. Si vous avez le moindre doute, vous pouvez réclamer un avis de sort (facturé 10 euros). Il s’agit d’un document interne entre deux banques qui certifie que le règlement a bien été payé. »

Comment éviter de tomber dans le piège ?

Sur son site, Pôle Emploi met en garde ses visiteurs et énonce quelques précautions à prendre :

– Ne donnez jamais vos données personnelles (numéro de Sécurité sociale, RIB, etc.

– N’envoyez pas d’argent à un potentiel employeur

– N’acceptez aucune rétribution sans avoir signé un contrat de travail

– Au moindre doute sur l’honnêteté de votre interlocuteur, ne poursuivez pas la communication

« Méfiez-vous aussi des horaires atypiques », précise Catherine Poux. « Être contacté un samedi à deux heures du matin, ce n’est pas normal ». Au moindre doute, n’hésitez pas à signaler une annonce en cliquant sur le bouton « alerter.

Jean ne savait pas que ce type d’agissement existait. Après avoir découvert le pot aux roses, il s’est retrouvé totalement démuni. Incapable de rembourser le déficit de son compte en banque, il n’a pas eu d’autre choix que d’en ouvrir un autre pour avoir un peu de liquidité. 

« Je commence tout juste à sortir la tête de l’eau, mais le plus dur, c’est d’accepter qu’on s’est fait avoir. L’ego en prend un coup. »

Si vous avez vous aussi été victime d’une offre frauduleuse, écrivez à lauvitu@nouvelobs.com

Louise Auvitu



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