Immersion parmi une communauté d’ermites, dans le Far West sibérien

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Jeux d’enfants, chasse à l’ours… L’artiste Clément Cogitore a photographié et filmé une communauté d’orthodoxes, au fin fond de la taïga sibérienne. Ces scènes de vies hors norme sont exposées au Bal, à Paris.

Ces familles vivent en ermites dans la taïga sibérienne, à 700 km de la première ville.

N’en déplaise à ses critiques réactionnaires, l’esprit d’aventure n’a pas délaissé les artistes contemporains, et certainement pas Clément Cogitore. Au Bal, à Paris, le Français de 34 ans présente « Braguino ou la communauté impossible », un ensemble de vidéos et de photographies d’une famille vivant dans la taïga sibérienne – sujet d’un film qui sortira en salle le 1er novembre et sera diffusé sur Arte à la fin du même mois.

Pour ce projet, Cogitore s’est immergé dans une communauté de vieux-croyants, un groupe d’orthodoxes qui vit séparé des autorités de l’Eglise et de l’Etat. Passé par l’école Le Fresnoy à Tourcoing, vivier de jeunes plasticiens, il s’était fait remarquer en 2015 avec Ni le ciel ni la terre, long-métrage sur la guerre française en Afghanistan, tourné dans l’Atlas marocain avec des caméras thermiques notamment. Les spectateurs impressionnés par l’audace de ce premier film devraient l’être par la dimension hors norme de Braguino.

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En 2012, résident à la Villa Médicis à Rome, Cogitore entend parler d’une famille d’ermites qui vivrait à 700 kilomètres de toute présence humaine. Il part avec une petite équipe, sans autre adresse que des coordonnées GPS et sans aucune certitude de l’existence réelle de la communauté. Moscou, Krasnoïarsk, Ienissei, il s’enfonce dans « un Far West incroyable » : « À chaque étape, on atteignait un point de non-retour, le dernier aéroport, le dernier lieu avec du réseau mobile, la dernière ligne de téléphone fixe… » Les villages sont traversés par des 4 x 4 flambant neufs et des Trabant défoncées (« très Chat noir, chat blanc »), certains déplacements doivent se faire en hélicoptère (« très Apocalypse Now »). L’un des habitants accepte, moyennant bakchich, de les emmener. Sur place, il les dépose, avec la vague promesse que l’aéronef viendra les chercher « dans quelques jours ».

Saisir l’imprévu

Au milieu des aboiements des chiens-loups apparaissent les habitants (« comme dans Le Village, de M. Night Shyamalan »), qui les accueillent. « Pour eux, le fait d’avoir réalisé autant d’efforts valait tous les visas possibles », dit Cogitore. Il partage la vie de la famille, prend quelques photos. Il ressent vite un malaise. Les hommes sont armés, il aperçoit des inconnus qui ne lui sont pas présentés. Il découvre l’existence d’une brouille, ancienne et inexplicable, entre deux parties de la communauté.

Le trophée d’une chasse fructueuse.

De retour à Paris, avec la maison de production Seppia et le soutien du Bal, l’artiste lance l’idée d’un nouveau voyage. Il retourne dans la taïga pour filmer et photographier la communauté en laissant la caméra saisir l’imprévu. Autant d’images qui font toute la force de l’exposition au Bal.

Ces temps-ci, Clément Cogitore travaille sur le scénario d’un nouveau film. Il ne s’engagera pas dans une nouvelle exploration, géographique du moins : ce long-métrage se tournera dans le 18e arrondissement de Paris. En attendant le prochain grand départ.

Clément Cogitore, « Braguino ou la communauté impossible », au Bal, 6, impasse de la Défense, Paris 18e. Du 14 septembre au 23 décembre 2017. www.le-bal.fr

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