François Bayrou, le prisonnier du désert

0
22

Vainqueur par procuration à la présidentielle, le patron du MoDem avait décroché un ministère. Et surtout la conviction d’être au centre du jeu. Mais une affaire d’emplois fictifs présumés l’a renvoyé à sa course en solitaire. Sa discipline favorite.

François Bayrou, maire de Pau, attend devant l’hôtel de ville l’arrivée du premier ministre, Edouard Philippe, le 9 septembre.

Nous avions croisé François Bayrou au mois de juin dans un restaurant japonais du 7arrondissement de Paris, où il a ses habitudes. Admettons-le : il nous avait impressionné. Fraîchement nommé garde des sceaux, chargé de la loi sur la moralisation de la vie politique, il rayonnait, exsudait de bonheur dans son costume bleu marine avec cravate assortie.

Il en était comme auréolé. Non pas ce bonheur mesquin des gagne-petit de la politique qu’une élection cantonale victorieuse comble d’aise – celui-là, il l’avait déjà goûté en 1982, à 30 ans, en devenant conseiller général des Pyrénées-Atlantiques –, mais cet enchantement qui irradie ceux qui, ayant frôlé la mort, retrouvent la lumière, la chaleur, la vie. C’est bien simple, on se sentait nous aussi gagné par ce ravissement. Il fanfaronnait :

« Les traversées du désert ont du bon. Je l’ai dit aux socialistes : profitez-en pour réfléchir ! »

La sienne avait duré cinq ans, depuis l’élection présidentielle de 2012 et son choix non récompensé de voter pour François Hollande au second tour. Ses derniers amis l’avaient alors quitté, persuadés que cet homme-là était bon pour le cabanon ou les oubliettes. Son parti centriste, le MoDem, ne se résumait plus qu’à lui-même et à une poignée de fidèles, dont Marielle de Sarnez, sa complice de trente ans. Rue de l’Université à Paris, un étage du siège avait été loué à une entreprise. Ce qu’il en restait était encore trop grand pour son bureau, une attachée de presse, une secrétaire, le préposé aux cafés et une photocopieuse.

Mais voilà que, par la grâce d’un choix contraint – soutenir Emmanuel Macron qui dévorait son espace politique et l’empêchait de concourir pour une quatrième fois à la présidentielle –, il était, à 66 ans, ressuscité. Aux élections législatives, 47 députés du MoDem et apparentés entraient à l’Assemblée nationale, soit 47 fois plus que la mandature précédente. Sur le trottoir où nous nous…

Laisser un commentaire