Décès de Manuel Noriega, le dictateur panaméen renversé par les Etats-Unis

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Manuel Noriega, qui fut l’homme fort du Panama avant d’être renversé par les Etats-Unis, doit être incinéré mercredi après son décès survenu à l’âge de 83 ans à la suite d’une opération au cerveau.

« La mort de Manuel Noriega clôt un chapitre de notre histoire », a tweeté le président du Panama Juan Carlos Varela. « Ses filles et ses proches méritent un deuil en paix ».

L’ancien dictateur purgeait trois peines de 20 ans de réclusion chacune pour la disparition d’opposants politiques sous son régime.

Il est décédé dans la nuit de lundi à mardi à l’hôpital public Santo Tomas de la capitale panaméenne où il avait été admis et opéré le 7 mars d’une tumeur bénigne au cerveau.

Souffrant d’une hémorragie cérébrale après l’intervention, il avait dû subir une nouvelle opération après laquelle il était resté dans un état critique.

Le corps de Manuel Noriega doit être incinéré mercredi, a déclaré l’avocat de l’ancien dictateur, Ezra Angel.

Auparavant, un ami personnel de Noriega, Ruben Murgas, avait annoncé par erreur que la crémation avait eu lieu mardi. Il s’agissait en fait d’une veillée funèbre privée qui s’était tenue en présence notamment des trois filles de l’ancien dictateur.

La famille avait demandé à plusieurs reprises, en vain, une assignation à résidence permanente de l’ancien dictateur, qui avait connu plusieurs hémorragies cérébrales, des complications pulmonaires, un cancer de la prostate et a souffert de dépression.

Mais le gouvernement avait rejeté ses appels, déclarant que Manuel Noriega retournerait en prison après l’intervention chirurgicale.

Noriega avait coopéré avec différents services secrets en pleine guerre froide. Il avait ainsi travaillé pour la CIA, mais de fidèle allié des Etats-Unis il allait devenir pour Washington un ennemi lié au trafic de drogue.

Le président américain de l’époque, George Bush (1989-1992), ancien directeur de la CIA, ordonne le 20 janvier 1989 l’invasion de Panama pour s’emparer de Noriega. L’opération, intitulée « Cause juste », a fait officiellement 500 morts, mais des ONG évaluent le nombre des victimes à plusieurs milliers.

Manuel Noriega, réfugié à la nonciature, se rend le 3 janvier 1990.

Il avait été condamné à 40 ans de prison aux Etats-Unis pour trafic de drogues et blanchiment de capitaux. Il n’a effectué que la moitié de cette peine, pour bonne conduite.

Mais en 2010, il est extradé vers la France pour blanchiment d’argent, et en 2011 extradé vers le Panama.

Il est alors condamné à trois fois vingt ans d’emprisonnement pour la disparition et l’assassinat de l’opposant Hugo Spadafora en 1985, du militaire Moises Giroldi, après sa rébellion en 1989, et pour ce que l’on a appelé cette même année le « massacre d’Albrook » où périrent plusieurs militaires à la suite d’un soulèvement.

Il était également impliqué dans des affaires de disparition survenues quand il était chef de la Garde nationale et homme fort du dirigeant nationaliste Omar Torrijos, arrivé au pouvoir en 1968.

– Corrompu par le pouvoir –

Manuel Noriega a toujours démenti avoir participé à des crimes. « Au nom de Dieu, je n’ai rien à voir avec la mort d’aucune de ces personnes. Il y a toujours eu une conspiration permanente contre moi, mais je fais face ici, sans lâcheté », déclarait-il encore récemment lors d’une audience devant la justice.

En dépit du pouvoir et des secrets qu’il avait accumulés, tant sur son propre camp que sur des opposants, l’ancien militaire n’a jamais révélé les informations dont il pouvait disposer.

Il n’avait plus d’influence politique. En 2015, Manuel Noriega avait présenté ses excuses à « quiconque se serait senti offensé, affecté, affaibli ou humilié par mes actions ».

« Tout l’a poussé au service des cartels du trafic de drogues. Pour moi, il s’agit de l’empreinte la plus macabre et désagréable » qu’il a laissée, avait déclaré récemment à l’AFP le général Ruben Dario Paredes, auquel Manuel Noriega avait succédé à la tête de la Garde nationale.

« J’ai connu Noriega quand j’étais lieutenant et lui sous-lieutenant », s’est souvenu le général. « Il était très attentif et normal, correct, discipliné, décent. Mais quand cet homme est devenu général, c’était devenu un autre pour toujours. Le pouvoir l’a transformé et corrompu ».



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