Corée du Nord. La stratégie d’apaisement est dépassée

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Le 15 septembre, la Corée du Nord a lancé un missile au-dessus du Japon, pour la deuxième fois en moins de trois semaines. Dans cet article publié avant ce nouveau tir, ce chroniqueur chinois indépendant, loin de la position officielle de Pékin, préconise d’imposer par la force à Pyongyang une volonté internationale parlant d’une seule voix.

La calamité que représente la menace nucléaire nord-coréenne actuelle résulte indiscutablement d’une longue politique internationale d’apaisement. C’est la conséquence directe de l’attitude de pays qui ont longtemps laissé faire, dans la connivence, l’ignorance ou la sous-estimation de la volonté de la Corée du Nord de se doter de l’arme nucléaire. Si bien qu’aujourd’hui, à eux tous, la Chine, la Russie, les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud sont incapables de forcer la Corée du Nord à abandonner son programme d’armement nucléaire. Ils sont devenus de simples marionnettes entre ses mains.

C’est la Corée du Nord qui, en tirant les ficelles, ravive les rancœurs entre la Chine et les États-Unis, envenime les relations entre la Chine et le Japon, pousse à la rupture la Chine et la Corée du Sud, incite la Chine et la Russie à s’exploiter mutuellement. L’équilibre stratégique instauré en Asie de l’Est depuis la fin de la guerre et la paix amicale entre les pays établie depuis le lancement de la politique de réformes et d’ouverture en Chine [1979] pourraient être réduits à néant par ses manipulations. La situation s’aggrave de jour en jour, et si ces cinq pays ne s’allient pas pour prendre des mesures radicales, ils devront avaler les fruits amers de la menace nucléaire nord-coréenne.

Pyongyang gagne du terrain sur le plan stratégique

En l’état actuel des choses, les chances de la Corée du Nord d’être victorieuse vont grandissant. Car le petit jeu auquel se sont livrés ces cinq pays avec leur mécanisme d’apaisement a permis à la Corée du Nord de gagner du terrain sur le plan stratégique ; elle n’a cessé d’accroître l’avantage que lui procure sa politique de la corde raide en matière de guerre nucléaire ; avec l’amélioration de sa puissance nucléaire, elle dispose de plus d’atouts et peut déployer plus largement sa stratégie. Elle a actuellement quasiment atteint ses objectifs [être capable de menacer le territoire américain]. Il est certain que celui que la communauté internationale et la Chine tournaient en dérision, le général Kim Jong-un, mène une stratégie d’une habileté sans pareil dans l’histoire politique internationale, en tenant fermement entre ses doigts le destin de plusieurs grandes puissances.

De son côté, la Chine, qui orchestrait [jusqu’en 2009] les pourparlers à six entre ces mêmes pays, serait naturellement sortie grande gagnante du jeu qui se joue en Asie de l’Est si elle était parvenue à maîtriser la Corée du Nord. Mais comme cela n’a pas été le cas, surtout en matière d’essais nucléaires, elle a quasiment perdu la position prééminente qui était la sienne auparavant en Asie de l’Est. Aujourd’hui, à part condamner verbalement Pyongyang, la Chine n’ose pas lui imposer des sanctions complètes [elle est son premier partenaire commercial] ; elle tergiverse en pesant le pour et le contre, et s’inquiète de tout perdre par une action inconsidérée ; en fait, elle respire au rythme de la Corée du Nord. En perdant toute emprise sur ce pays, la Chine a perdu par la même occasion la Corée du Sud [une crise diplomatique a marqué l’année écoulée, après la décision par Séoul d’implanter sur son sol un bouclier antimissiles américain]. Elle a permis à la Russie de tirer les marrons du feu et a renforcé concrètement l’alliance tripartite entre les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud. Tant que la question de la Corée du Nord ne sera pas résolue, la Chine sera cantonnée à la passivité en Asie de l’Est.

La Russie, grande gagnante potentielle

Pour l’instant, c’est la Russie qui est la grande gagnante potentielle dans cette région du monde. Avec les essais nucléaires nord-coréens, la Chine a été obligée de la prier de revenir à la table des négociations pour y jouer un rôle d’allié. C’est tout bénéfice pour la Russie, car non seulement la Chine souhaite l’avantager, mais le Japon et la Corée du Sud sont également désireux d’agir dans son intérêt, et les États-Unis sont forcés de marchander d’arrache-pied avec elle. Ainsi la Russie, loin de redouter une aggravation de la crise nord-coréenne, craint en réalité le contraire.

Dans la résolution de la crise nord-coréenne, les États-Unis ont un rôle crucial à jouer, mais la politique américaine est conditionnée par la ligne pragmatique d’homme d’affaires du président Trump, et subit les entraves de la Chine et de la Russie [a priori défavorables à de nouvelles sanctions], ainsi que de la politique d’apaisement de la Corée du Sud [le président Moon Jae-in préconise la reprise du dialogue avec Pyongyang]. Face à la Corée du Nord, les États-Unis ne peuvent guère plus que recourir à l’intimidation militaire, mais celle-ci, utile à ses débuts, ne fonctionne quasiment plus. La Corée du Nord sait pertinemment que les États

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Auteur

Rong Jian

Né en 1957, Rong Jian a fait des études d’histoire de la pensée marxiste, et n’a pas validé son diplôme de doctorat préparé à l’université Renmin de Pékin, du fait des événements de Tian’anmen en 1989. Il est alors devenu homme d’affaires et collectionneur d’art, puis galeriste. Il a continué à écrire sur Internet, à publier des livres, et à donner des conférences à l’étranger. Ses blogs et microblogs ont récemment été fermés pour cause de “nuisance aux intérêts de l’État”. 



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