Chine. La veuve de Liu Xiaobo toujours sous haute surveillance

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Liu Xiaobo mort et ses cendres répandues dans la mer, le sort de sa veuve, Liu Xia, inquiète ses amis. Dissidents et défenseurs des droits de l’homme appellent Pékin à la laisser partir à l’étranger, tandis que la surveillance policière ne se relâche pas.

Après la mort, le 13 juillet, de Liu Xiaobo, Prix Nobel de la paix en 2010 et figure de proue de la lutte pour la démocratie en Chine, l’inquiétude croît, à l’étranger, au sujet du sort de son épouse.

“Si Liu Xia veut partir, laissez-la partir !” lance ainsi le Ming Pao, quotidien de Hong Kong – où l’on jouit d’une certaine liberté de ton au sujet des affaires du continent.

Lorsque Liu Xiaobo était mourant, il a demandé à quitter la Chine. Il espérait quitter la Chine avec sa famille et vivre dans un autre pays. Liu Xia a été placée sous surveillance constante, de facto en résidence surveillée, depuis que son mari avait reçu le prix Nobel de la paix. Il est compréhensible que Liu Xiaobo ait demandé à quitter la Chine, étant donné les tortures que Liu Xia, une femme de faible constitution, a endurées pendant tant d’années.”

Maintenant que Liu Xiaobo est mort, si Liu Xia cherche aujourd’hui à aller vivre à l’étranger, “les autorités de Pékin devraient respecter ce choix et éviter d’y faire obstacle”, plaide le journal dans un éditorial. “La tragédie de Liu Xiaobo et de sa famille doit prendre fin avec sa mort.”

Pour l’heure, Liu Xia et son frère Liu Hui ont été “faire un voyage” dans la province du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, et ils sont donc éloignés de Pékin et du Nord-Est au septième jour après le décès, jour traditionnellement marqué par une cérémonie pour l’âme du défunt sur sa sépulture. Selon le Centre d’informations sur les droits de l’homme en Chine, organisation hongkongaise, citée par le site en chinois de la radio Voice of America, les parents de Liu Xiaobo n’ont pas pu se rendre en bord de mer, là où les cendres ont été répandues, à cette occasion.

Une chaise vide

Dix personnes dont l’identité n’est pas précisée ont tenu une cérémonie du 7e jour en bord de mer, dans la province du Guangdong, dans le sud de la Chine, selon le Ming Pao. “Elles ont allumé des bougies en face d’une chaise vide.” Lors de la cérémonie de remise du prix Nobel de la paix à Oslo en 2010, l’absence de Liu Xiaobo, qui était déjà en détention, avait été marquée par une chaise vide. Plusieurs amis de Liu Xiaobo ont été empêchés de sortir de leur domicile à Pékin, Canton, tandis qu’au moins l’un d’entre eux a été placé en détention administrative pour dix jours dans le Liaoning, dans le nord-est de la Chine.

Sur Internet, l’on préconise que chacun place une chaise vide devant la porte de son appartement en guise d’hommage, selon le site en chinois de Radio Free Asia. Un intellectuel interrogé par RFA estime que “les célébrations spontanées ne font que commencer”. Elles pourront prendre la forme de chaises vides, déambulations en ville avec des colliers de fleurs blanches (couleur du deuil en Chine), port de brassards noir et blanc…

A Hong Kong, plusieurs centaines de personnes ont tenu une cérémonie à la mémoire de Liu Xiaobo au parc Tamar, pour marquer la tradition du septième jour, indique le South China Morning Post. Une banderole disait : “Souvenons-nous de Liu Xiaobo, libérez Liu Xia !” Plusieurs cérémonies ont eu lieu de par le monde, à Vancouver, Boston, Melbourne et Londres, selon le journal.

“Liu Xiaobo s’est fourvoyé à cause de l’Occident”

Pendant ce temps, la presse officielle multiplie les déclarations désobligeantes à propos du Prix Nobel de la paix. “Les dissidents gâchent leur vie tandis que la Chine prospère”. Tel est le titre de l’éditorial du quotidien officiel anglophone Global Times, commentant le 16 juillet le décès de Liu Xiaobo.

Dans un désaccord à la portée historique, la Chine défie les pressions de l’Occident et s’efforce de réussir son ascension. Des vagues successives de dissidents qui vénèrent les valeurs occidentales ont été marginalisées, montrant que l’Ouest perd du terrain dans ses efforts pour contenir l’émergence de la Chine. La tragédie personnelle de Liu Xiaobo prouve que se rendre à l’Occident en politique ne mène qu’à l’échec.”

Le journal poursuit : “Les vies d’autres dissidents, comme Fang Lizhi [astrophysicien exilé aux États-Unis et décédé en 2012], Wei Jingsheng [le plus célèbre des anciens prisonniers politiques chinois, en exil] et Wang Dan [ancien leader du mouvement de Tian’anmen, en exil], ont été gâchées à attendre ‘l’écroulement de la Chine’.”

“Liu Xiaobo s’est fourvoyé à cause de l’Occident et en est la victime”, écrivait le 14 juillet le Huanqiu Shibao, quotidien nationaliste en chinois du même groupe. “Le prix Nobel l’avait exposé, l’avait ligoté.” Peut-être “avait-il de bons sentiments au départ, mais il s’est trompé de vague et d’époque, il s’est mépris sur les directions prises par la Chine, il est devenu un jouet aux mains de l’Occident, et a été sacrifié”.

Agnès Gaudu



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