Ce bébé est agile. Ou son père maîtrise Photoshop

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« Les réseaux sociaux peuvent apporter à chacun de nous des choses fantastiques, mais au stade de ma vie, l’apport gigantesque se résume surtout à des images d’enfants. »

C’est vrai, c’est un fléau. Michael Agger, journaliste au New Yorker, décrit ensuite les mille enfants du pays Instagram : ceux qui traînent dans la nature, jouent au foot (beaucoup), visitent les capitales du monde entier. Des enfants dans des situations qui provoquent envie et ravissement.

Et puis un jour, le journaliste raconte qu’il est tombé sur un compte Instagram très différent. Un bébé est paisiblement sur une rambarde toute fine. Il y a un lac derrière. Le bébé est en équilibre.

 

Autumn walks

Une publication partagée par Stephen Crowley (@steecrowley) le

C’est perturbant : son regard est neutre, il sourit, il est bien où il est.

Et puis, il y a d’autres photos perturbantes : le même bébé est maintenant à côté d’une casserole brûlante la main sur des couteaux de cuisine. Ou accroché aux barreaux d’un escalier, au-dessus du vide.

Ou alors en train de grimper sur un escalier en métal très raide.

 Le journaliste a envie de crier :

« Mais vite, agissez, sauvez cet enfant en péril ! Vite, vite, vite ! Quelqu’un ! »

Mais après un tour sur Google, il découvre que ces images sont photoshopées (c’est évident). Celui qui tient ce compte Instagram s’appelle Stephen Crowley, il est designer produit à Dublin.

En prenant contact avec Crowley, le journaliste comprend que les motivations derrières ces images sont tout à fait différentes de ce qu’il avait imaginé (une réponse sarcastique aux enfants parfaits des réseaux).

Faire rire la famille

Quand la fille de Stephen Crowley a eu quatre mois, ses parents ont découvert qu’elle était atteinte d’une maladie auto-immune rare.

Au New Yorker :

« Elle a passé six mois à l’hôpital, avec de la chimio et une transplantation de moelle osseuse de dernière minute l’a sauvée. »

Stephen Crowley s’est alors mis à faire des montages pour apporter un peu d’humour aux échanges de mails familiaux.

Contacté par mail par Rue89, il raconte :

« Notre famille ne pouvait pas la voir à cause des conditions d’isolement. Ils demandaient des images tout le temps pour voir comment elle allait. J’ai commencé à faire ça. Voir quelqu’un d’aussi fragile dans des situations aussi vacillantes avait quelque chose de drôle. »

Ce sont des images qui mettent sa fille en position de super-héroïne apaisée, qui triomphe toujours du danger.

Père et troll

Sur Reddit, Stephen Crowley raconte que le premier montage qu’il a publié sur Internet a provoqué un tel torrent de haine (« ce père devrait être fusillé ») que cela lui a donné envie de continuer…

Pour interroger la lecture des internautes ou faire du bon gros trollage, au choix. Dans un mail, il explique :

« La majorité des gens comprend que ce sont des images truquées, mais il reste énormément de monde pour prendre ces images au sérieux, ne pas lire l’histoire à côté et se ruer dans les commentaires pour dire quel père désastreux je suis. »

Il ajoute :

« Je pense que ces images marchent bien parce que les scénarios sont plausibles — je pourrais être ce père taré qui laisse son enfant conduire debout sur ses genoux.
Donc les gens s’arrêtent, regardent attentivement, cherchent la clé. Si cela représentait un bébé qui sautait en parachute d’une montagne, cela ne provoquerait rien : on penserait tout de suite à un montage, qu’il y ait un bon travail sur Photoshop ou non… »

Par mail, Stephen Crowley nous précise que sa fille va beaucoup mieux. Et nous demande de lui envoyer le lien de l’article. Il les compile pour les montrer à sa fille Hannah quand elle sera grande.

« On s’est évidemment posé la question de l’image publique de notre fille. Et on a fini par trouver un accord : les photos peuvent être publiées par la presse si en échange un lien vers le don de moelle osseuse est quelque part dans l’article. Dans ce cas-là, ça vaut le coup parce qu’Hannah ne serait pas là sans donneur. »

Le lien est ici

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