Cambodge. Procès de Khmers rouges : entre silence et négation

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Au terme du second procès des Khmers rouges, les accusés nient toute responsabilité dans le massacre d’un quart de la population cambodgienne entre 1975 et 1979.

Au terme d’un procès entamé il y a plus de deux ans, l’ancien chef de l’État du régime du Kampuchéa démocratique, Khieu Samphan, et l’idéologue Nuon Chea ont nié toute responsabilité dans le génocide au Cambodge.

Les accusations selon lesquelles le régime “aurait exterminé le peuple sont fausses et relèvent de la propagande vietnamienne”, a lancé devant le tribunal, le 23 juin, Khieu Samphan selon The Cambodia Daily.

Les deux hommes sont accusés de génocide et de crimes contre l’humanité en lien avec les massacres contre les Chams (musulmans) et les Vietnamiens du Cambodge entre 1975 et 1979.

Âgés respectivement de 85 et 90 ans, ils sont les deux plus hauts responsables khmers rouges encore en vie. Ils purgent déjà une peine de prison à perpétuité après leur condamnation en 2014 pour crimes contre l’humanité.

Entre 1,8 et 2 millions de Cambodgiens sont morts durant le régime du Kampuchéa démocratique. Le Parti communiste cambodgien dirigé par Pol Pot avait transformé le pays en une dystopie agraire dans laquelle régnaient un strict contrôle de la population et un nationalisme extrême.

Un coaccusé silencieux

Tous les citadins avaient été forcés de vivre à la campagne. Les intellectuels et toutes personnes ayant des liens avec l’étranger étaient suspects aux yeux des Khmers rouges.

Le Parti communiste du Kampuchéa n’a pas exterminé le peuple. Quel aurait été l’intérêt ?” a demandé Khieu Samphan. Il a également déclaré “récuser le terme ‘meurtrier’employé à son encontre par certaines parties civiles.

Nuon Chea est resté silencieux, mais son avocat, Victor Koppe, a dénoncé un procès à charge. “Il n’y a pas d’analyses rigoureuses et dépassionnées de la preuve.” Il a assimilé le tribunal à “un spectacle, comme si ce prétoire était une sorte de cirque”.

Aucune date n’a été fixée pour le verdict, mais il ne devrait pas être prononcé avant 2018.

The Phnom Penh Post souligne le contraste entre l’attitude des deux accusés et celle de Kaing Guek Eav, connu sous le nom de Duch. L’ancien directeur du centre de torture S21 a été condamné en 2012. Il avait présenté ses excuses aux victimes.

Un tribunal mixte sous contrôle

Le tribunal spécial pour juger des crimes commis par les Khmers rouges a été créé en 2003 au terme d’un bras de fer entre le gouvernement cambodgien et les Nations unies. Composé à la fois de juges internationaux et de magistrats cambodgiens, il fait l’objet de nombreuses critiques du fait de son organisation.

Son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique cambodgien ne serait pas garanti. Ainsi, le Premier ministre Hun Sen a souligné que les poursuites envisagées par le tribunal contre des cadres intermédiaires des Khmers rouges pourraient entraîner une “guerre civile”, rappelait début mai The Phnom Penh Post.

Hun Sen était lui-même un cadre subalterne des Khmers rouges. Il dit avoir fui vers le Vietnam en 1977 pour échapper aux purges du régime.

Malgré les critiques adressées au tribunal, le directeur du centre de documentation sur le Cambodge Youk Chhang estime, dans le South East Asia Globe, que “les chambres extraordinaires [nom officiel du tribunal] ont été un puissant moteur pour le débat et la réconciliation du pays avec son passé. Sans aucun doute, le tribunal a poussé les parents à évoquer l’histoire du pays avec leurs enfants, et il a conduit les plus jeunes à développer un regard critique et à s’interroger sur le rôle du gouvernement, les droits de l’homme et sur les questions d’autorité.”



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