Brésil. Le président Michel Temer accusé de corruption passive

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Le procureur général du Brésil a lancé une mise en accusation contre Michel Temer pour corruption passive. Il appartient maintenant à la Chambre des députés de se prononcer sur l’ouverture d’un procès. C’est la première fois qu’un président en exercice fait l’objet d’une accusation pour un crime de droit commun.

Les dés sont jetés : lundi 26 juin dans la soirée, dans une décision très attendue, “le procureur général de la République, Rodrigo Janot, a présenté à la Cour suprême une mise en accusation du président Michel Temer pour corruption passive”, rapporte le site brésilien Nexo.

Début juin, le président avait échappé à une annulation de son mandat par le Tribunal électoral, mais c’est une accusation de droit commun qui le rattrape désormais.

Le président, qui a succédé à Dilma Rousseff – destituée en août 2016 –, est accusé d’avoir empoché des pots-de-vin de l’industriel de la viande JBS d’un montant de 500 000 reais (140 000 euros) pour “intercéder en faveur d’une réduction du prix du gaz fourni par [la société pétrolière publique] Petrobras” au profit de JBS, poursuit Nexo.

La justice dispose d’un enregistrement, réalisé en mars 2017 à l’insu du président par l’un des patrons de JBS agissant sur ordre des enquêteurs dans le cadre de l’opération Lava Jato (lavage express) sur la corruption au sein du groupe Petrobras. Un intermédiaire, député et homme de confiance de Michel Temer, a été filmé peu après recevant une valise remplie de billets.

Une scène grotesque et infamante pour le pays

D’autres soupçons du procureur réservent à Michel Temer de futures accusations pour “obstruction à la justice et organisation criminelle”, relate la presse brésilienne. Le procureur Janot pourrait prochainement présenter ces deux chefs d’accusation. Il est notamment question d’une “promesse de 38 millions de reais (10 millions d’euros) faite à Michel Temer”, relate O Globo, précisant que “le procureur se réserve le temps d’affiner ses arguments”.

Dans son acte d’accusation cité par El País Brasil, le procureur déclare :

La scène du parlementaire [l’intermédiaire de Michel Temer] se hâtant dans la rue avec sa mallette remplie d’argent sale est un affront au citoyen et à la charge publique tenue par ce parlementaire, dont il s’est servie pour exécuter les pratiques illégales de Michel Temer.”

La prochaine étape prévoit un délai de quinze jours pour que M. Temer et son intermédiaire, l”ex-député Rocha Loures (arrêté le 3 juin), “se manifestent”, explique O Globo. La Chambre des députés devra ensuite se prononcer sur l’ouverture d’un procès, conditionnée par une majorité aux deux tiers. Il appartient ensuite à la Cour suprême de prendre la décision d’ouvrir un procès. Si c’est le cas, “le président sera suspendu pendant 180 jours, précise Nexo, mais si, une fois ce délai dépassé, le procès n’est pas terminé, il reviendra à son poste jusqu’au jugement final.”

Une issue incertaine

Le président pourrait donc être destitué au terme de cette procédure de plus de six mois, comme ce fut le cas de Dilma Rousseff en août 2016. Dans ce cas “s’ouvrirait une zone grise”, écrit Folha de São Paulo. Une élection présidentielle au suffrage universel est en principe exclue, même si “les réseaux sociaux la réclament’, explique le journal. Ce sont les membres du Congrès qui devront voter pour un nouveau président, si les experts réussissent à se mettre d’accord pour définir qui pourrait être candidat, un aspect qui reste imprécis dans la Constitution.

Pour l’heure, les chances de Michel Temer de se maintenir à son poste ne sont pas minces, estiment les journaux.

En dépit de son très faible taux de satisfaction – 9 % – dans les sondages, “le plus bas pour un président depuis Fernando Collor (en 1992)”, note Nexo, le président lui-même ne se laisse pas abattre et le fait savoir. Ce matin, constate le journal Valor Económico, Michel Temer s’est rendu au palais du Planalto, siège de la présidence, “avec un agenda très clair : convaincre l’opinion qu’il est davantage préoccupé par la mise en place des réformes nécessaires au pays qu’à rassembler les votes pour préserver son mandat.”

Peut-être parce qu’il est convaincu que ses soutiens, à la Chambre des députés, sont déjà sur le pied de guerre pour le défendre. “Les alliés du président préparent déjà leur stratégie de riposte à la dénonciation du procureur”, confirme O Globo.

Néanmoins, nuance Veja, la tâche ne sera pas facile : “Michel Temer veut enterrer l’affaire au plus vite, en profitant de la majorité dont il dispose encore à la Chambre des députés, mais la décision de Janot de cumuler les accusations pourrait lui mettre des bâtons dans les roues, car il devra prolonger les négociations avec les députés.”

Sabine Grandadam



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