Birmanie. Aung San Suu Kyi, coincée entre les militaires et l’opinion publique

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Les critiques pleuvent sur Aung San Suu Kyi mais dans son pays, elle est perçue comme trop faible face aux Rohingyas. L’armée, quant à elle, échappe aux critiques. Autrefois honnie, elle retrouve du crédit auprès de la population.

La chef d’État de facto de la Birmanie, Aung San Suu Kyi, est vilipendée par la communauté internationale depuis deux semaines pour son silence, voire son dédain, envers la crise humanitaire qui touche les musulmans de l’ouest du pays.

Plus de 370 000 Rohingyas ont fui l’État d’Arakan pour se réfugier au Bangladesh. Les Nations unies ont dénoncé “un nettoyage ethnique”.

Mais, “derrière la campagne qui a choqué le monde et déclenché l’une des migrations les plus massives dans l’histoire récente, on trouve un homme avec des pouvoirs extraordinaires, le chef des armées Min Aung Hlaing”, tient à rappeler the Nikkei Asian Review.

Car, en dépit de la démocratisation progressive depuis 2011 dans le pays, les forces armées conservent, au terme de cinq décennies de régime militaire brutal, le contrôle total “des questions liées à la sécurité”.

Elles sont à la tête des trois ministères de la Défense, de l’Intérieur et des Frontières, et maîtrisent 25 % des sièges au Parlement, leur garantissant de facto un pouvoir de veto sur tous les changements à la Constitution.

Les commandants de l’armée ont lancé sur les Rohingyas l’appareil de sécurité connu pour sa brutalité contre les insurrections et la répression des dissidents politiques.”

Une armée qui redore son blason

Selon le magazine, Aung San Suu Kyi “était à peine informée – et elle n’aurait reçu qu’un minimum de détails –” des actions militaires en cours en Arakan.

Mais, souligne la Nikkei Asian Review, “au vu du ressentiment contre les Rohingyas qui s’enracine dans l’histoire troublée de la Birmanie”, le silence de Suu Kyi, conspuée internationalement, la fait paraître “trop douce” aux yeux d’une majorité de Birmans.

Triste ironie de l’histoire, car, désormais, c’est l’armée, honnie pendant la dictature, qui tire profit de la situation. Médias et réseaux sociaux s’alignent quasi unanimement derrière les déclarations alarmistes de Tatmadaw, le nom de l’armée en Birmanie, sur la menace “terroriste”. L’armée devient un rempart contre les supposées velléités séparatistes des militants rohingyas.

Attention à la propagande

Mais, alerte The Irrawaddy, “des informations et des images fabriquées circulent de part et d’autre, exacerbant la situation et rendant de plus en plus difficile la recherche de la vérité”.

Ainsi, insiste, pour sa part, le magazine Frontier, il est essentiel que les journalistes puissent se rendre sur le terrain en Arakan. Car, comme il le précise, c’est la seule manière d’éviter “de présenter le conflit de manière trop simpliste, en noir et blanc”.

Le magazine conteste le message que les autorités militaires font valoir :

Les musulmans seraient les mauvais. Il suffit d’interroger des musulmans dans l’Arakan pour avoir une vision plus nuancée.”

Le journal cite notamment les allégations des autorités selon lesquelles les musulmans eux-mêmes ont incendié leurs maisons.

Une affirmation qui s’est écroulée lorsque des journalistes ont pu se rendre sur place. Des Arakanais bouddhistes ont confirmé avoir brûlé les maisons des Rohingyas en fuite avec l’assistance de la police.

Frontier a été critiqué sur les réseaux sociaux et dans les commentaires en ligne pour des articles perçus comme étant biaisés en faveur des musulmans. Le journal précise à ses lecteurs :

Nous pensons qu’un travail de terrain précis et fouillé est essentiel à l’avenir du pays. C’est par des débats stimulants sur le conflit en Arakan que nous pourrons avancer.”

Aung San Suu Kyi a renoncé à assister à l’Assemblée générale des Nations unies qui démarre à New York la semaine prochaine. Son porte-parole a annoncé qu’elle prononcera un discours à la nation le 19 septembre prochain.



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