Biotechnologie. Le cuir fait peau neuve

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En modifiant génétiquement des cellules de levure, une entreprise américaine s’apprête à mettre sur le marché un matériau semblable au cuir.

La fabrication du cuir est un savoir-faire ancestral. Le plus vieil objet en cuir connu est une chaussure de 5 500 ans qui a été trouvée dans une grotte en Arménie, mais les peintures des tombeaux égyptiens montrent que les peaux d’animaux étaient déjà transformées il y a 7 000 ans en toutes sortes de choses, des sandales aux seaux en passant par des équipements militaires. Et il y a fort à parier que leur utilisation pour des abris et des vêtements remonte au moins à des centaines de milliers d’années.

La tannerie est aussi une besogne peu ragoûtante. Dans le Londres du XVIIIe siècle, le trempage des peaux en voie de décomposition dans de l’urine et de la chaux pour les débarrasser des restes de chair et de poils, puis dans de l’eau mélangée à des excréments de chien pour les rendre plus souples et imputrescibles, dégageait une telle puanteur que l’activité fut interdite dans le centre-ville et délocalisée à Bermondsey, de l’autre côté de la rivière et sous le vent. Dans certains pays, ce travail était considéré comme impur pour les gens et les lieux, et était réservé aux parias, comme les dalits en Inde et les burakumins au Japon.

Les méthodes de fabrication modernes sont moins répugnantes. Les excréments de chiens, la chaux et l’urine ont été remplacés par du chrome et d’autres produits chimiques. Cependant, certaines de ces substances sont très caustiques. Et aujourd’hui l’industrie du cuir tout entière, qui par définition est basée sur des peaux d’animaux, n’est pas épargnée par des considérations sur la relation entre les êtres humains et les autres créatures vivantes, et qui auraient à peine traversé l’esprit des gens par le passé. Une autre considération néanmoins, d’ordre commercial cette fois, s’oppose aux précédentes : le cuir, recherché pour sa résistance et sa souplesse, alimente un marché qui pèse 100 milliards de dollars par an.

Ces faits antinomiques font de la fabrication du cuir une cible des plus tentantes pour la révolution technologique. Les peaux d’animaux tannées devraient bientôt avoir un nouveau rival. Et contrairement à ce qu’on aurait pu penser, le défi n’est pas relevé par un ersatz en polymère synthétique mais par un matériau à bien des égards identique au cuir naturel. La différence est qu’au lieu de provenir du dos d’un animal, les peaux seront cultivées au mètre dans des usines.

Un cuir plus homogène, sans cicatrices

L’entreprise la plus avancée dans l’art encore expérimental de la culture du cuir est une entreprise américaine, Modern Meadow. Le mois dernier, elle a quitté le quartier de Brooklyn, à New York – où ses 60 employés ont mis au point le nouveau matériau dans la plus grande discrétion –, pour un laboratoire situé à Nutley, dans le New Jersey, où débuteront les essais de production. Modern Meadow, qui a recueilli plus de 50 millions de dollars auprès d’investisseurs et collabore avec plusieurs entreprises des secteurs de l’habillement, la chaussure, l’ameublement et l’automobile et dont les noms n’ont pas encore été divulgués, espère mettre son produit sur le marché d’ici deux ans.

Le cuir fabriqué en laboratoire promet d’offrir plusieurs avantages par rapport aux peaux naturelles. D’abord, il peut être fabriqué en morceaux avec des bords droits, plus pratiques que les formes irrégulières des peaux qui enveloppent les animaux. Ensuite, il est plus homogène que le cuir naturel car il est dépourvu de cicatrices, marques et autres défauts auxquels la peau d’un animal est inévitablement sujette. Enfin, il ne varie pas d’un animal à l’autre comme le cuir naturel. Ces caractéristiques permettront de réduire la quantité de déchets et d’améliorer la qualité. Elles devraient également plaire à ceux qui estiment que les animaux ne devraient pas mourir pour que

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