Allemagne. Droits de l’homme : Berlin durcit le ton envers Ankara



Après des mois de tension, l’arrestation par les autorités turques de plusieurs défenseurs des droits de l’homme, dont l’Allemand Peter Steudtner, déclenche la colère du gouvernement allemand.

Berlin perd patience avec la Turquie”, titrent à la fois Die Welt et Der Tagesspiegel ce 20 juillet. Depuis plusieurs mois, les tensions se multiplient entre les deux pays : arrestation du journaliste Deniz Yücel en février, députés du Bundestag empêchés de rencontrer les soldats allemands basés en Turquie, dérives verbales répétées du président Erdogan…

Mais cette fois, avec la mise en détention provisoire de l’Allemand Peter Steudtner, arrêté le 5 juillet avec d’autres défenseurs des droits de l’homme, et les révélations d’une liste noire de 68 personnes et entreprises allemandes soupçonnées d’apporter leur soutien financier au mouvement Gülen, la coupe est pleine.

Premières mesures annoncées

Jusqu’ici Berlin avait tenté de calmer le jeu, ne haussant le ton que pour dissuader le président turc ou d’autres responsables politiques de venir haranguer la diaspora sur son sol en période référendaire. Ces temps sont révolus : en interrompant ses vacances pour convoquer l’ambassadeur de Turquie, le ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier Sigmar Gabriel entend envoyer un signal fort et faire obstacle à ces agissements.

Si Angela Merkel avait qualifié d’“injustifiées” les arrestations de défenseurs des droits de l’homme, Gabriel les qualifie de “ni compréhensibles ni acceptables ni explicables”. Mais peut-il aller plus loin ?

Gabriel opère un tournant”, relate la Süddeutsche Zeitung, et annonce sa volonté de renforcer les conseils de prudence aux voyageurs en Turquie ainsi qu’une suspension de la garantie Hermès des échanges commerciaux.

“Des prises d’otages”

“Membre de l’Otan et pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne, on pourrait croire que la Turquie est un partenaire des démocraties européennes et nord-américaines, écrit la Frankfurter Allgemeine Zeigung (FAZ). Mais au plus tard depuis le putsch de juillet 2016, ce partenaire est devenu un étranger, mû par un esprit d’hostilité et de vengeance.” Le quotidien conservateur dénonce littéralement ses insupportables “prises d’otages” et appelle les dirigeants allemands à la fermeté, notamment pour contrer l’influence des autorités religieuses turques en Allemagne. Il émet en outre l’idée que l’Europe pourrait sanctionner financièrement la Turquie – tout en recommandant de “ne pas rompre avec Ankara”. L’accord sur les réfugiés conclu en mars 2016 entre l’Union européenne et Ankara ne devrait pas y être étranger.

Une guerre civile froide

De son côté, Die Welt rapproche l’“ambition totalitaire” d’Ankara, de Budapest et de Varsovie, où les atteintes à l’État de droit soulèvent actuellement de vives protestations. Il règne dans ces trois pays une “guerre civile froide”, analyse le quotidien de droite, qui s’avoue toutefois sans illusion : “Les trois gouvernements ne se calmeront pas avant d’avoir remporté cette guerre froide.”

Danièle Renon



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