Afrique du Sud. Comment parler de la couleur de peau aux enfants

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Malgré la chute de l’apartheid, la question raciale demeure omniprésente dans la société sud-africaine. Des experts listent des conseils aux parents pour que leurs enfants ne reproduisent pas les stéréotypes sur les Noirs et les Blancs. Le sujet ne doit pas être évité, insistent-ils.

La question raciale est sans doute un de ces sujets que certains parents préfèrent éviter mais, en Afrique du Sud, que cela nous plaise ou non, on en revient toujours au même point : il y a eux, et nous.

Peut-on laisser la question de côté ? Pas pour Nokulinda Mkhize, une femme noire qui tient un blog sur la maternité, Homiematrimony [littéralement, les liens sacrés de la fraternité]. À ses yeux, il est important que les enfants sachent la vérité sur le monde dans lequel ils vivent. “Et ce n’est pas en la glissant sous le tapis ou en faisant comme si c’était sans importance qu’on va la changer, cette vérité”, prévient-elle.

“Les Blancs peuvent tout à fait vivre sans être jamais confrontés à la question raciale”, observe-t-elle. “Nous, on n’a pas le luxe de pouvoir élever des enfants qui ne soient pas au fait du monde dans lequel on vit, parce qu’ils seront concernés tôt ou tard, que ça nous plaise ou non, qu’on soit d’accord ou non.”

Et si on n’a pas forcément envie que nos enfants voient Sarafina [comédie musicale sur la révolte des écoliers noirs à Soweto en 1976] ou lisent Steve Biko [grande figure intellectuelle de la lutte anti-apartheid] à trois ans, il existe des façons d’évoquer des sujets complexes avec les enfants.”

Le meilleur moyen, c’est de jouer la carte de l’honnêteté, affirme-t-elle, ajoutant qu’il est important d’avoir ces discussions à intervalles réguliers.

Les enfants ne voient pas la couleur

Directeur de l’école du Sacré-Cœur de Johannesburg, Colin Northmore explique que les parents qui jugent déplacé d’aborder la question raciale avec leurs enfants leur transmettent tout de même, par leurs actes, des choses sur toutes sortes de sujets, que ce soit la couleur de peau ou l’égalité des sexes…

“Les enfants ne voient pas la couleur de peau, mais ils entendent leurs parents en parler, poursuit-il. Imaginez, vous faites la queue au magasin et il y a le mauvais prix sur un article. Le mlungu [Blanc] qui tient la boutique se plaint tout haut de l’incompétence des…”, raconte-t-il sans dire le mot.

Et le petit Blanc qui est avec sa mère va apprendre quelque chose – parce que les gens qu’il voit mettre des produits en rayons sont tous des Noirs. Quelle conclusion l’enfant va-t-il en tirer ? Le problème, c’est que, quand vous êtes sous pression, vous revenez toujours à votre instinct le plus basique. Vous ne pouvez pas faire autrement, c’est général. C’est la société qui crée ces stéréotypes ; et qui les entretient.”

Pour Colin Northmore, l’école et les parents ont le devoir d’enseigner aux enfants “l’humanité fondamentale de tous les êtres humains” plutôt que de se focaliser sur la couleur de leur peau.

“Peu importe votre origine. Vous êtes humain, je suis humain. Vous pleurez quand vous avez mal, je pleure quand j’ai mal, vous riez quand vous êtes heureux, je ris quand je suis heureux. Focalisons-nous plutôt sur ce que nous avons en commun plutôt que sur ce qui nous différencie.”

Mais il invite aussi les parents à prêter davantage attention à ce qu’ils disent en présence de leurs enfants pour ne pas relayer des stéréotypes.

“S’il ne faut pas occulter la différence de couleur de peau auprès des enfants, il peut être préjudiciable de leur apprendre toutes ces différences sans avoir préparé le terrain au préalable”, estime de son côté Joseph Seabe, psychopédagogue à l’université de Witwatersrand à Johannesburg.

Préparer le terrain puis en parler à l’âge de 3-4 ans

“Préparons d’abord le terrain vers 2-3 ans. Avant de leur parler des différents groupes ethniques, apprenons-leur à s’aimer et à se

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