A Notre-Dame-des-Landes, l’empreinte des zadistes

0
16

Alors que le rapport final sur la « zone à défendre » doit être rendu le 1er décembre, Louis Matton a photographié des objets fabriqués par les zadistes. D’étranges natures mortes qui racontent cette campagne nantaise entrée en résistance.

« Chaque image donne à voir un objet fabriqué à partir de matériaux de récupération in situ ou provenant de récupérations effecuées à l’extérieur de la zone », précise Louis Matton.

Evoquer la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), la zone d’aménagement différé, rebaptisée « zone à défendre », qui s’étend sur des milliers d’hectares au nord-ouest de Nantes, choisie pour accueillir le futur aéroport du Grand Ouest, est inadéquat. Il n’y a pas une ZAD, pas plus qu’il n’y aurait un modèle de zadiste. L’évidence s’impose en déambulant sur les petites routes qui sillonnent cette zone de bocage, de terres humides, de prés et de bois, devenue symbole international des résistances aux grands projets d’infrastructure jugés « inutiles » et « imposés ».

Cocktail Molotov et masque à gaz

Car la ZAD s’est démultipliée en autant de lieux qui ont tous leur identité, leurs différences et même, parfois, leurs différends : les Fosses Noires où s’ouvrit la première boulangerie, les Vraies Rouges juste à côté, la Ferme de Bellevue avec les agriculteurs solidaires de Copain 44 (les organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport), le hameau du Limimbout, les 100 Noms, la ferme des Planchettes, la Wardine et sa salle de concerts, les cabanes de la forêt de Rohanne, la Rolandière… ou encore la Vache Rit. Ce grand bâtiment agricole, sorte de quartier général, fut le haut lieu de la résistance à l’intervention des forces de l’ordre, lors de l’opération « César ». À l’automne 2012, cette tentative d’évacuation de la ZAD se solda par un échec politique et stratégique.

« Ces objets signalent la présence des habitants, ils sont la marque que le territoire des “aménageurs” a été englouti dans celui des occupants. » Louis Matton, photographe

Parmi les quelque 200 occupants de la zone, nombreux sont ceux qui ont développé de réels projets, tels Willem et son élevage à Saint-Jean-du-Tertre, le groupe de la Noé Verte et leur conserverie, les nombreuses zones de culture et de maraîchage. Des boulangeries, des salles de réunions et de concerts, une brasserie et un projet de restaurant témoignent encore de l’activité intense du bocage.

Le jeune photographe Louis Matton, qui a régulièrement séjourné dans la ZAD entre 2012 et 2015, a saisi des objets du quotidien réalisés par ses habitants. Des bricolages inventifs confectionnés « à partir de trois fois rien ». « Ces objets signalent la présence des habitants, ils sont la marque que le territoire des “aménageurs” a été englouti dans celui des occupants », explique-t-il. Certains disent clairement la lutte qui se joue : masque à gaz, cocktail Molotov… D’autres, plus abstraits, racontent seulement comment les zadistes se sont approprié les lieux.

Une diversité à l’image de cette population : si quelques-uns vivent ici pour échapper aux obligations d’une société qu’ils rejettent, si d’autres attendent d’en découdre avec les représentants de l’État, nombreux sont ceux qui proposent un autre modèle agricole, souvent épaulés par les paysans, les historiques, qui ont été expulsés et refusent de partir.

« Il faut qu’ils partent »

Mais, aussi différents soient-ils, tous rejetteront l’évacuation qui pourrait survenir dans quelques semaines. Le 1er décembre au plus tard, la mission de médiation « relative au projet d’aéroport du Grand Ouest », installée le 1er juin par le premier ministre, rendra ses conclusions sur les deux « options envisageables » et leurs « conséquences économiques, sociales, environnementales » : le transfert de l’actuel aéroport Nantes Atlantique vers Notre-Dame-des-Landes ou le maintien de l’actuelle plateforme aéroportuaire avec son réaménagement. Le chef de l’État devra alors trancher, ce que, aucun de ses prédécesseurs, depuis une cinquantaine d’années, n’a su ou voulu faire. Mais que le nouvel aéroport se fasse ou non, le problème de la ZAD restera entier.

« C’est une esthétique du “do it yourself”. Avec trois fois rien, on peut réaliser des objets qui ont une plastique particulière » souligne Louis Matton.

« Il faut qu’ils partent », ne cessent de réclamer les partisans du transfert, notamment le président de la région (LR), celui du conseil départemental et la maire de Nantes (PS), évoquant le résultat de la consultation locale qui, en juin 2016, donna le oui majoritaire au nouvel aéroport. D’ores et déjà, ils ont fait savoir qu’ils ne reconnaîtraient pas le travail des trois médiateurs qu’ils jugent, pour deux d’entre eux, opposés d’emblée au projet de nouvel aéroport.

De même qu’ils critiquent vertement le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, qui n’a jamais caché ses doutes sur la nécessité de construire un aéroport à Notre-Dame-des-Landes. La tension monte dans le bocage nantais. Et il n’est pas sûr que la médiation voulue par le gouvernement réussisse à déminer un dossier qui reste, plus que jamais, un casse-tête.

Louis Matton, Mention spéciale du jury du prix Levallois 2017 – Jeune création photographique internationale. « Les lauréats du prix Levallois », galerie L’Escale, 25, rue de la Gare, Levallois-Perret (92). Jusqu’au 25 novembre. www.prix-levallois.com

Laisser un commentaire